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dimanche 18 juin 2017

Lituanie : à propos de la Colline des Croix



Par le biais des alertes Google, je suis encore tombé ce matin sur un site faisant remonter l'installation de la Colline des Croix, près de Šiauliai dans le nord de la Lituanie, au XIVe siècle. Je ne suis pas surpris dans la mesure où c'est ni plus ni moins qu'un copier-coller de Wikipédia (« Les premières croix ont été posées sur la colline fortifiée au xive siècle ») qui relève du domaine de la bourde historique ! Je pense toutefois qu’il n’est pas inutile de rappeler l’histoire de cette colline.

Faisons tout de suite un sort à quelqu'un qui s’auto-baptise « un des meilleurs connaisseurs des Pays baltes » ! Non, les premières croix n’ont pas été érigées par les Lituaniens après la bataille de Saulė (qui, au passage, n’a vraisemblablement pas eu lieu près de Šiauliai) en 1236 ! Pour la simple raison qu’en 1236 les Lituaniens étaient païens et qu’ils n’ont été convertis au christianisme (du moins leurs chefs, à commencer par le Grand-duc Jogaila) qu’en 1386, avec une brève parenthèse opportuniste (1252 – 1260) sous Mindaugas.

A la vérité, sur cette colline de Jurgaičiai (Jurgaičių piliakalnio ) il n’y avait jusqu’au XIVe siècle qu’un château en bois qui participait à la défense du Grand-duché de Lituanie contre les incursions des Chevaliers livoniens, château qui fut brûlé en 1348.
 

La première mention écrite de la présence de croix sur cette colline date de 1850. Le trésorier du district de Šiauliai, Mauricijus Griškevičius, fait état d’un habitant de Jurgaičiai qui avait fait la promesse à Dieu en 1847 de mettre des croix sur la colline s’il survivait à une grave maladie. Il est vraisemblable toutefois que les premières croix aient été placées après l’insurrection de 1831 par les proches des victimes lituaniennes, les autorités russes tsaristes n’ayant pas permis que celles-ci aient une sépulture décente. Puis les croix devinrent plus nombreuses après la seconde insurrection de 1863.

A la fin du XIXe siècle, la colline était déjà un lieu sacré réputé. Le premier comptage des croix eut lieu en 1900 et on dénombra alors 130 croix ; en 1938, il y en avait 400.

Sous l’occupation soviétique, la Colline des Croix prit une importance particulière, devenant le symbole de la résistance au régime. En 1960 il y avait plus de 2 000 croix, aussi le gouvernement soviétique, considérant le lieu comme hostile, détruisit les croix en 1961 et planta à la place des arbres décoratifs. A plusieurs reprises, la colline fut rasée par les bulldozers, notamment en 1973, 1974 et 1976, et le site était gardé par l’armée soviétique et le KGB. En 1978 et 1979 il eut même des tentatives pour construire un barrage afin d’inonder la zone. Mais, à chaque fois, les Lituaniens réussissaient à revenir et chaque année, environ 500 croix devaient être détruites par l’occupant. 

Ce n’est qu’à partir de 1985 que la Colline des Croix fut laissée en paix et, après le retour de la Lituanie à l’indépendance, elle gagna une réputation désormais mondiale. A l’époque, des volontaires de Šiauliai comptèrent 14 387 grandes croix. Il est aujourd’hui impossible de dire combien de millions de croix de toutes tailles il y a sur le site, des centaines s’ajoutant quotidiennement.

Le Pape Jean-Paul II visita la Colline des Croix le 7 Septembre 1993 et fit don d’une croix haute de 3,80 mètres que l’on peut voir à l’entrée du site.




Aujourd'hui, la Colline des Croix est un lieu national majeur lituanien. Personnellement, ce que je trouve le plus remarquable, c’est que le site est ouvert à tous les vents mais que personne, au grand jamais personne, n’aurait l’idée de toucher aux médailles, chapelets, voire pièces de monnaie, et bien sûr aux croix de toutes tailles déposées là. En Lituanie, on a encore apparemment le sens des valeurs.  


vendredi 16 juin 2017

"Don't look back in anger"

Il est parfois, souvent même, des choses plus importantes à faire que de mettre à jour un blog !

Depuis fin avril, j'ai donné la priorité aux conférences que je donne aux militaires français qui partent en Estonie dans le cadre de la « enhanced Forward Presence » de l'OTAN. C'est ainsi que j'étais le 16 mai au 121e Régiment du Train à Montlhéry et le 7 juin au 2e Régiment Étranger d'Infanterie à Nîmes. Ce cycle Estonie devrait se terminer le 5 juillet au camp de Mourmelon, au 501e Régiment de Chars de Combat.

Outre qu'il est valorisant de voir qu'on me fait confiance pour transmettre mes connaissances alors que je suis de facto civil (j'ai dépassé l'âge d'être Officier de réserve depuis « un certain temps »), il est pour moi intéressant de comparer in situ les corps de troupe d'aujourd'hui avec ce qu'ils étaient il y a 17 ans, lorsque j'ai quitté le service actif. On me permettra toutefois d'invoquer le devoir de réserve afin de garder pour moi mes réflexions.

eFP en Estonie

Il est du domaine du possible que je continue à la rentrée avec des conférences sur la Lituanie, les éléments français basculant en effet en novembre 2017 du soutien des Britanniques en Estonie à celui des Allemands en Lituanie. Mais étant « payé à l'acte » (et en l’occurrence pas encore payé de mes missions du mois de mars!), mon statut est quelque peu précaire …...

En outre, un incident – par définition non prévu – est venu perturber mon emploi du temps, Venu passer, le 17 mai, une épreuve d'effort à l'hôpital militaire Begin (Saint-Mandé), je me suis retrouvé hospitalisé pendant 8 jours, le temps de trouver le traitement ad hoc pour minimiser mon arythmie cardiaque. Juste histoire de me rappeler que chaque jour je vieillis ……

Entrée de l'hôpital Bégin

Néanmoins, ma vie continue à ne pas être un long fleuve tranquille, et c'est tant mieux ! J'envisage toutefois de faire un tri sérieux dans mes diverses activités à l'horizon de 2019,

Je pars ce lundi pour 8 jours en Bretagne (Saint-Gildas de Rhuys, Morbihan) pour des vacances qui, comme d'habitude, ne seront pas vraiment du repos.

Du 30 juin au 3 juillet, je serai à Lyon pour aider à tenir le stand de la Lituanie lors des traditionnelles Fêtes Consulaires sur la place Bellecour. C'est pour moi une obligation morale que de traverser la France pour, avec d'autres amis, donner un coup de main à mon ami Consul Honoraire de Lituanie pour promouvoir ce pays dont nous sommes plus que des fans.

Le 5 juillet, je serai donc à Mourmelon et le 6 je passe un IRM à l'HIA Begin, en espérant qu'on ne me refasse pas le coup de l’hospitalisation ……

Camp de Mourmelon
Du 3 au 18 août, j'accueillerai mon ami letton qui n'est pas venu en France depuis 2 ans.

Merci donc de pardonner mes absences passées et à venir sur ce blog. En tout état de cause, ne regardez pas en arrière avec colère …...



vendredi 28 avril 2017

Avril 2007 : l'affaire du soldat de bronze à Tallinn






Du 26 au 28 avril 2007, la capitale estonienne a connu des émeutes qui, avec le recul, de dix années, peuvent être interprétées comme la première manifestation d'une guerre hybride.

En septembre 1944, puis en avril 1945, les restes de soldats soviétiques sont enterrés sur la colline de Tonismägi, dans le centre de Tallinn. Le 12 juin 1945, la place est renommée « Square des Libérateurs », Un mémorial, commandé à l'architecte Arnold Alas, est inauguré le 22 septembre 1947 ; sa statue centrale est un soldat de bronze, œuvre du sculpteur Enn Roos. En 1964, il est ajouté une « flamme éternelle ».

Le problème est que ce soldat « libérateur » apparaissait, aux yeux des Estoniens, comme le symbole de 50 ans d'occupation.

Le 4 mai 2006, les partis conservateurs de centre droit Union de la patrie et Res Publica demandent à la municipalité de Tallinn de prévoir le déplacement du monuments à un endroit moins central et la ré-inhumation des restes de soldats dans un cimetière militaire. C'est le Parti de la Constitution, soutenu par le Kremlin, dont le leader est Andrei Zarenkov, qui exprime le premier son opposition au déplacement.

Le site du monument sur Tõnismägi devint rapidement le point de fixation à la fois des nationalistes estoniens et des groupes extrémistes russes. « Nochnoy Dozor », la Garde Nocturne , est créée, avec pour objectif la protection du monument. Ça n'empêche pas celui-ci d'être vandalisé le 22 mai 2006, Le 26 mai, le Ministre de l'Intérieur interdit tout rassemblement aux alentours immédiats du monument, lequel est gardé 24 heures sur 24 par la police.

Le 10 janvier 2007, le Riigikogu (parlement) vota le « Décret de protection des tombes de guerre » qui stipule que le Premier Ministre peut décider du déplacement des restes de soldats si leur lieu d'inhumation est inapproprié. Le 9 mars 2007, le Ministère de la défense recommanda de déplacer les restes des soldats de Tõnismägi. Les travaux préparatoires commencèrent le 26 avril. À 04H30 du matin.

Mais, rapidement, la tension monta, notamment à partir de 9H du matin ce 26 avril. Les manifestants lancèrent des pavés sur les policiers (ce qui n'est pas vraiment dans les mœurs locales) qui durent faire usage de lacrymogènes et de canons à eau. Des voitures furent endommagées et des boutiques pillées. Il fut procédé à 300 arrestations, la plupart des prévenus ayant moins de 20 ans. Les manifestations reprirent le 27 avril soir, s'étonnant même à Narva et Jöhvi, dans l'extrême nord-est russophone de l'Estonie.


Dans la nuit du 27 au 28 avril, devant la gravité de la situation, le gouvernement réuni dans la nuit décide de faire enlever le soldat de bronze le lendemain matin, d'un seul tenant. En outre, la vente de l'alcool est interdite sur tout le territoire estonien du 28 avril au 2 mai. Mais la situation ne reviendra au calme qu'à partir du 9 mai. Ces manifestations auront toutefois fait un mort, Dmitri Ganin, 20 ans, poignardé dans des conditions non encore élucidées à ce jour. Les centaines d'arrestations ne conduiront qu'à 91 inculpations et 6 emprisonnements.



Il est aujourd'hui certain que des agents des forces spéciales russes, en provenance a priori de la Brigade de Spetsnaz de Pskov (de l'autre côté de la frontière) , on coordonné les manifestations, ravitaillant en outre les insurgés en liquide inflammable et en …… vodka.

En outre, l'Estonie a eu à subir le 9 mai la première cyberattaque par déni de service (DoS attack) d'envergure sur les sites des journaux, les banques et les organismes gouvernementaux. L'attaque ayant eu lieu le jour où la Russie célèbre la victoire de 1945, le 9 mai et non pas le 8 mai comme les autres pays, tous les regards accusateurs se tournèrent vers Moscou …...

Ces événements de 2007 contenaient donc déjà tous les ingrédients d'une attaque hybride (manipulation des masses par des agents sur le terrain et cyberattaques) que l'Estonie pourrait bien subir à nouveau dans un futur plus ou moins proche.

Le soldat de bronze à son emplacement actuel, dans le Cimetière des Forces de Défense de Tallinn






vendredi 21 avril 2017

Débuts officiels du groupement inter-armes franco-britannique en Estonie

Prise d'armes à Tapa (Estonie)
Le groupement inter-armes franco-britannique de l'OTAN, stationné en Estonie a marqué le début de ses activités officielles par une cérémonie et un défilé militaire sur la base de Tapa, hier jeudi 20 avril après-midi.

Près de 1 500 soldats de Grande-Bretagne., de France et d'Estonie ont participé au défilé militaire, dont la cérémonie d'ouverture comprenait des discours du secrétaire d'État britannique à la Défense Sir Michael Fallon, du ministre danois de la Défense Claus Hjort Frederiksen et du ministre estonien de la Défense Margus Tsahkna. Des soldats britanniques, français et danois ont également procédé au lever de leurs drapeaux nationaux respectifs lors de la cérémonie.

Au sein du détachement français

En plus des trois ministres de la Défense, on notait la présence de la Présidente estonienne Kersti Kaljulaid, du Premier ministre Jüri Ratas, du président du Riigikogu (Parlement) Eiki Nestor et du commandant des forces de défense estonienne, le général Riho Terras. Le Général d'Armée Didier Castres, Inspecteur des Armées, représentait la France.

La Présidente estonienne face au détachement français

Dans son discours, M, Margus Tsahkna a déclaré que l'arrivée du groupe de combat allié marquait clairement que l'Estonie n'était désormais plus seule et qu'elle ne serait plus jamais seule pour se défendre contre les menaces,

Il y a environ 1 200 soldats alliés dans le groupement de combat stationné à Tapa. La Grande-Bretagne contribue avec plus de 800 soldats et des chars Challenger 2, des véhicules de combat d'infanterie Warrior (IFV), de l'artillerie automotrice AS90 ainsi que d'autres véhicules blindés. La France contribue avec 300 personnels et chars Leclerc, des VBCI et des VAB.



Les détachement français de Tapa sera remplacé au bout de quatre mois par d'autres français, après quoi ils passeront la main à un contingent danois de taille similaire.