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jeudi 29 septembre 2016

In memoriam : Leonidas Donskis (1962 – 2016)



Le 21 septembre 2016, l'Europe a perdu un de ses plus grands penseurs mais elle ne le sait pas !

Leonidas Donskis, philosophe lituanien, érudit, ancien député européen (2009 - 2014), ambassadeur de l'Union Européenne pour la Tolérance et la Diversité, vice-président de la communauté juive lituanienne, activiste politique, auteur, en un mot figure notable de la société universitaire et politique lituanienne est mort d'une crise cardiaque à l'aéroport de Vilnius à l'âge de 54 ans. Peu connu à l'Ouest, il était surtout une figure majeure de la pensée en Europe médiane,

Le Professeur Donskis était né à Klaipėda le 13 août 1962, d'un père Litvak (Juifs ayant leurs racines dans l'ancien Grand-duché de Lituanie) sauvé par les Lituaniens pendant l'Holocauste, Mais Leonidas Donskis se disait laïc, déclarant « Je suis un Juif quand et où je rencontre l'antisémitisme ».

Professeur de sciences politiques à L'Université Vytautas Magnus à Kaunas, de 2002 jusqu'à sa mort, directeur de l'institut des Sciences et de la Diplomatie politique depuis 2005, il était devenu membre du Sénat de l'Université en 2005, En 1999, il avait également défendu une thèse à l'Université d'Helsinki qui en avait fait un Docteur en Sciences sociales,

Mais surtout, il était un philosophe, Son ami Tomas Venclova, un des plus grands poètes européens, lui aussi natif de Klaipėda, a écrit de lui : « Leonidas Donskis était le seul philosophe lituanien (principalement historien des idées) qui ait mérité ce titre, {...} Sa mort soudaine et prématurée est une perte terrible ».

Citone encore la Présidente de la Communauté juive lituanienne : « Il était un homme d'un large éventail de la pensée et, pour autant que je le connaisse, jamais je ne l'ai entendu dire un mot méchant même dans un moment de passion ».

Je laisserai le mot de la fin à Yves Plasseraud qui assista la semaine dernière aux obsèques de Leonidas Donskis : « Ami fidèle et généreux, ses obsèques la semaine dernière à Kaunas furent un exceptionnel moment de ferveur et d'élévation réunissant une foule considérable, image d'une nation consciente de la perte irrémédiable de cette mort foudroyante ».

Conférence à l'Ambassade de Lituanie à Paris, 9 juin 2015



dimanche 25 septembre 2016

Mérimée et la Lituanie : « Lokis »

Prosper Mérimée

Prosper Mérimée est né le 28 Septembre 1803 à Paris et est décédé le 23 septembre 1870 à Cannes. Aujourd'hui, 25 septembre, est donc un bon prétexte pour évoquer les rapports avec la Lituanie de celui qui fut certes écrivain, mais aussi Inspecteur général des monuments historiques, Académicien Français, Sénateur et Grand Officier de la Légion d'Honneur,

De lui, on connaît la dictée destinée, en 1857, à distraire la cour de Napoléon III au château de Compiègne. On sait également qu’il fut un écrivain prolixe à qui on doit, entre autre, « Carmen » dont s’est inspiré Georges Bizet pour écrire son œuvre, un des opéras les plus joués au monde.

On sait peut-être moins qu’à partir de 1834, il devient inspecteur des monuments historiques et qu’à ce titre il parcourra la France pour en inspecter les monuments et confier certaines restaurations à Viollet-le-Duc. A partir de 1842, il initie d’ailleurs un classement des monuments historiques auquel la « Base Mérimée » actuelle rend hommage. 

Parallèlement, il mène, à partir de 1825 (parution de « Les Espagnols au Danemark ») une vie d’auteur. Les histoires qu’il raconte se passent souvent à l’étranger et sont souvent pleines de mystère. Parlant en outre anglais, arabe, russe et grec, il sera un des premiers traducteurs du russe vers le français.



C’est a priori au printemps 1867 que « Lokis » a été conçu, mais il ne parut que le 15 Septembre 1869 dans la « Revue des Deux Mondes » sous le titre « Le Manuscrit du professeur Wittembach ». Cette nouvelle raconte l’histoire d’un philologue prussien qui effectue un séjour dans le château d’un mystérieux comte en Lituanie (ou, plus exactement, en Samogitie), afin de consulter des manuscrits baltes très anciens.  Au fur et à mesure du récit, le lecteur doit comprendre que le comte est le fruit du viol de sa mère par un ours, mais ce n’est jamais explicitement affirmé. In fine, on retrouve la jeune épouse du comte, lacérée par des mâchoires animales le soir de sa nuit de noce, alors que le comte, lui, a disparu.



Prosper Mérimée s’est probablement amusé à écrire cette nouvelle pour faire peur aux dames de la cour de l’impératrice Eugénie qu’il fréquentait à Saint-Cloud et à Compiègne. Pour certains historiens, « Lokis » est toutefois la plus belle nouvelle de la littérature française du XIXe siècle.

Raymond Schmittlein

Raymond Schmittlein (1904 – 1974), qui enseigna à Kaunas et à Riga avant d’être parlementaire et même éphémère ministre, publia en 1949 une étude très fouillée « Lokis, la dernière nouvelle de Prosper Mérimée », alors qu’il était directeur général des affaires culturelles de la zone d’occupation française en Allemagne.

Dans son étude, Raymond Schmittlein, afin d’expliquer le choix de la Lituanie pour cadre de la nouvelle de Mérimée, évoque l’afflux d’émigrés lituaniens et polonais en France après l’insurrection de 1863. Mais, ce qui est encore plus intéressant, c’est de voir les parallèles qu’il fait entre certains passages de « Lokis » et certains passages de « Pan Tadeusz » d’Adam Mickiewicz, écrit en 1834. Une autre source, citée par Mérimée lui-même, est « La Pologne captive et ses trois poètes » écrite par Charles Edmond (pseudonyme d’un écrivain polonais) en 1868. On sait par ailleurs qu’à partir de 1867, Mérimée s’est intéressé à la Lituanie et à la langue lituanienne.



Au résultat, Mérimée, qui n’est jamais allé en Lituanie (contrairement à ce qu'ont pu écrire certains auteurs), réussit à en faire une peinture très exacte, peinture d’ « un pays sain et vigoureux, primitif et mystérieux, au charme un peu voilé et aux fortes passions. »


jeudi 15 septembre 2016

Retour sur les Fêtes Consulaires 2016 à Lyon



Comme tous les ans se sont tenues sur la place Bellecour à Lyon les Fêtes Consulaires, destinées à mieux faire connaître les États représentés dans la capitale des Gaules par un Consulat général ou un Consulat honoraire. Cette année, elles ont eu lieu exceptionnellement le week-end des 10 et 11 septembre et non pas en juin, la place Bellecour étant occupée à cette époque par la « fan zone » de l'Euro de football.

Qu'est-ce qui a caractérisé ces Fêtes Consulaires 2016 ?

C'est tout d'abord la chaleur (plus de 30 °) et le fait que les stands aient été installés sur la partie non bitumée de la place Bellecour, entraînant donc une poussière permanente, la conjugaison des deux rendant les conditions de travail sous les tentes très difficiles.

Ensuite, force est de constater qu'il y avait moins de pays représentés que les années passées. Étaient notamment absents des États majeurs sur le plan touristique, comme les États-Unis, l'Allemagne, l’Italie et l'Espagne. La raison en était-elle le changement de date, la crainte d'un attentat  ou le manque d'intérêt ? Sans doute un peu des trois ……… On notera d'ailleurs au passage que la sécurité était – disons – perfectible, et il est heureux qu'aucun esprit malfaisant n'ait pensé à fêter à sa façon, quinze ans après, le 11 septembre 2001 ……

de gauche à droite : Véronica Hidekel, Anne-Marie Goussard, Gilles Dutertre, Pierre Minonzio

En ce qui concerne spécifiquement le stand de la Lituanie, nous nous sommes retrouvés avec plaisir les mêmes fidèles autour du Consul honoraire Pierre Minonzio : Anne-Marie Goussard venant de Paris, Veronica Hidekel venant de Marseille, et moi venant de l'ouest de Tours.

Par contre, nous avons regretté que, contrairement à l'habitude et contrairement à la plupart des autres pays, l’Ambassade de Lituanie à Paris n'ait envoyé personne, ce qui est habituellement une reconnaissance du travail de ceux qui viennent bénévolement des quatre coins de France pour promouvoir la Lituanie. C'est aussi souvent l’occasion de contacts fructueux lors du dîner à l’Hôtel de Ville de Lyon et, cette année, par la Chambre de Commerce et d'Industrie. Mais que dire du Consul a.h. de Lettonie à qui son Ambassade ne donne même pas les dépliants qui lui permettraient de tenir un stand ?!

1er à gauche : Alain Pelfrene, Consul a.h. de Lettonie. 1er à droite : Pierre Minonzio, Consul a.h. de Lituanie, avec, à sa droite, Migle Viselgaité, étudiante lituanienne

Par contre, le changement de date en septembre a permis à plusieurs étudiants lituaniens nouvellement arrivés de prendre contact avec nous et surtout avec leur Consul a.h., Pierre Minonzio. Nous avons même reçu un Letton, cherchant le stand de son pays ! Comme à l'habitude, nous avons également eu la visite de gens qui étaient déjà allés en Lituanie et qui étaient enchantés de leur voyage. Veronica Hidekel, représentante de l'agence réceptive de Vilnius Taïga Euro Baltika a d'ailleurs eu de nombreux nouveaux contacts, certains très avancés, au cours du week-end.

Faut-ils pérenniser ces Fêtes Consulaires ? Compte-tenu de la défection de certains pays majeurs, les organisateurs feraient bien de se poser la question. Si oui , il n'est à mon sens plus envisageable de les organiser dans les conditions que nous avons connues cette année, dans la chaleur et la poussière et avec des mesures de sécurité quelque peu légères. Nul doute que tout le monde tirerait un bénéfice à ce qu'elles se déroulent désormais dans un bâtiment couvertdu genre Halle Tony Garnier.


En ce qui concerne la Lituanie, il serait là aussi souhaitable que l'Ambassade prenne position quant à l'intérêt ou non de sa présence. Si oui, il conviendrait alors de donner les moyens aux bénévoles pour mettre en valeur un pays pour lequel ils sont toujours prêts à traverser une bonne partie de la France ! 


Lyon, la place Bellecour, Louis XIV et la basilique de Fourvière

mercredi 7 septembre 2016

7 septembre 1812 : bataille de la Moskova



Dans la nuit du 23 au 24 juin 1812, la Grande Armée commence à franchir le Niémen en amont de Kaunas et commence l'invasion de la Russie. L'Empereur Napoléon 1er s'attend à livrer très rapidement LA bataille décisive qui forcera le Tsar à jeter l'éponge. Mais l'ennemi se dérobe ……

C'est que le Ministre de la Guerre du Tsar Alexandre 1er, le Général Michel Barclay de Tolly, avait eu l'idée l'appliquer la tactique de la terre brûlée consistant à attirer les Français au cœur de la Russie pour les y faire périr de froid et de faim, tout en causant le moins de pertes possibles dans les rangs de l'Armée russe !

Statue du Général Barclay de Tolly à Riga

Contraint d'abandonner la ville sainte de Smolensk (16-17 août 1812), les accusations des Officiers (dont le Prince Bagration) prirent de l'ampleur et le Général Barclay de Tolly, originaire de Livonie, commandant sur le terrain la Première Armée fut ouvertement accusé de trahison. Le 29 août 1812, le Tsar confie le commandement en chef de l'Armée russe au Feld-maréchal Mikhaïl Koutouzov, Prince de Smolensk, 67 ans, lequel …… continue la politique de la terre brûlée de son prédécesseur. 

Le Feld-Maréchal Koutouzov pendant la bataille

Koutousov doit toutefois se résoudre bataille aux portes de Moscou (en réalité à 124 km de l'ancienne capitale du Duché éponyme) : c'est la bataille de Borodino pour les Russes, de la Moskova (nom plus évocateur de Moscou) pour les Français,.



Commencée à 06H30 du matin par l'ouverture du feu de l'artillerie française, la bataille sera indécise tout au long de la journée. On soulignera le comportement du Maréchal Ney à la tête du 3e Corps, qui lui voudra Prince de la Moskova. Côté russe, le Prince Bagration est grièvement blessé à la cuisse et mourra quelques jours plus tard de gangrène.

L'Empereur Napoléon 1er pendant la bataille

Face à un ennemi nombreux qui a pris le temps de préparer la bataille, Napoléon est saisi par le doute, et certains considèrent comme une erreur fatale le fait, en dépit des demandes réitérées des Maréchaux, de ne pas engager la Garde Impériale. En conséquence, quand s'arrêtent les combats à la tombée de la nuit, tout reste à faire !

Or, pendant la nuit, l'Armée russe se retire, évitant la destruction. L'Armée française reste donc maîtresse du terrain et peut donc revendiquer la victoire, même s'il s'agit d'une victoire à la Pyrrhus. Mais, de son côté, Koutouzov proclame qu'il a triomphé de l'ennemi (déjà, la réécriture de l'histoire !!). Néanmoins, la voie de Moscou est libre pour les Français, qui y entrent le 14 septembre. Ils y resteront jusqu'au 19 octobre, l'Empereur attendant, en vain, que le Tsar reconnaisse sa défaite.


Les pertes humaines furent très lourdes lors de cette bataille : 28 000 morts, blessés et disparus côté français, dont 47 Généraux (!), 45 000 côté russe, soit le tiers des effectifs ! Mais le pire restait à venir pour la Grande Armée ……    

Moscou en flammes