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vendredi 28 avril 2017

Avril 2007 : l'affaire du soldat de bronze à Tallinn






Du 26 au 28 avril 2007, la capitale estonienne a connu des émeutes qui, avec le recul, de dix années, peuvent être interprétées comme la première manifestation d'une guerre hybride.

En septembre 1944, puis en avril 1945, les restes de soldats soviétiques sont enterrés sur la colline de Tonismägi, dans le centre de Tallinn. Le 12 juin 1945, la place est renommée « Square des Libérateurs », Un mémorial, commandé à l'architecte Arnold Alas, est inauguré le 22 septembre 1947 ; sa statue centrale est un soldat de bronze, œuvre du sculpteur Enn Roos. En 1964, il est ajouté une « flamme éternelle ».

Le problème est que ce soldat « libérateur » apparaissait, aux yeux des Estoniens, comme le symbole de 50 ans d'occupation.

Le 4 mai 2006, les partis conservateurs de centre droit Union de la patrie et Res Publica demandent à la municipalité de Tallinn de prévoir le déplacement du monuments à un endroit moins central et la ré-inhumation des restes de soldats dans un cimetière militaire. C'est le Parti de la Constitution, soutenu par le Kremlin, dont le leader est Andrei Zarenkov, qui exprime le premier son opposition au déplacement.

Le site du monument sur Tõnismägi devint rapidement le point de fixation à la fois des nationalistes estoniens et des groupes extrémistes russes. « Nochnoy Dozor », la Garde Nocturne , est créée, avec pour objectif la protection du monument. Ça n'empêche pas celui-ci d'être vandalisé le 22 mai 2006, Le 26 mai, le Ministre de l'Intérieur interdit tout rassemblement aux alentours immédiats du monument, lequel est gardé 24 heures sur 24 par la police.

Le 10 janvier 2007, le Riigikogu (parlement) vota le « Décret de protection des tombes de guerre » qui stipule que le Premier Ministre peut décider du déplacement des restes de soldats si leur lieu d'inhumation est inapproprié. Le 9 mars 2007, le Ministère de la défense recommanda de déplacer les restes des soldats de Tõnismägi. Les travaux préparatoires commencèrent le 26 avril. À 04H30 du matin.

Mais, rapidement, la tension monta, notamment à partir de 9H du matin ce 26 avril. Les manifestants lancèrent des pavés sur les policiers (ce qui n'est pas vraiment dans les mœurs locales) qui durent faire usage de lacrymogènes et de canons à eau. Des voitures furent endommagées et des boutiques pillées. Il fut procédé à 300 arrestations, la plupart des prévenus ayant moins de 20 ans. Les manifestations reprirent le 27 avril soir, s'étonnant même à Narva et Jöhvi, dans l'extrême nord-est russophone de l'Estonie.


Dans la nuit du 27 au 28 avril, devant la gravité de la situation, le gouvernement réuni dans la nuit décide de faire enlever le soldat de bronze le lendemain matin, d'un seul tenant. En outre, la vente de l'alcool est interdite sur tout le territoire estonien du 28 avril au 2 mai. Mais la situation ne reviendra au calme qu'à partir du 9 mai. Ces manifestations auront toutefois fait un mort, Dmitri Ganin, 20 ans, poignardé dans des conditions non encore élucidées à ce jour. Les centaines d'arrestations ne conduiront qu'à 91 inculpations et 6 emprisonnements.



Il est aujourd'hui certain que des agents des forces spéciales russes, en provenance a priori de la Brigade de Spetsnaz de Pskov (de l'autre côté de la frontière) , on coordonné les manifestations, ravitaillant en outre les insurgés en liquide inflammable et en …… vodka.

En outre, l'Estonie a eu à subir le 9 mai la première cyberattaque par déni de service (DoS attack) d'envergure sur les sites des journaux, les banques et les organismes gouvernementaux. L'attaque ayant eu lieu le jour où la Russie célèbre la victoire de 1945, le 9 mai et non pas le 8 mai comme les autres pays, tous les regards accusateurs se tournèrent vers Moscou …...

Ces événements de 2007 contenaient donc déjà tous les ingrédients d'une attaque hybride (manipulation des masses par des agents sur le terrain et cyberattaques) que l'Estonie pourrait bien subir à nouveau dans un futur plus ou moins proche.

Le soldat de bronze à son emplacement actuel, dans le Cimetière des Forces de Défense de Tallinn






vendredi 21 avril 2017

Débuts officiels du groupement inter-armes franco-britannique en Estonie

Prise d'armes à Tapa (Estonie)
Le groupement inter-armes franco-britannique de l'OTAN, stationné en Estonie a marqué le début de ses activités officielles par une cérémonie et un défilé militaire sur la base de Tapa, hier jeudi 20 avril après-midi.

Près de 1 500 soldats de Grande-Bretagne., de France et d'Estonie ont participé au défilé militaire, dont la cérémonie d'ouverture comprenait des discours du secrétaire d'État britannique à la Défense Sir Michael Fallon, du ministre danois de la Défense Claus Hjort Frederiksen et du ministre estonien de la Défense Margus Tsahkna. Des soldats britanniques, français et danois ont également procédé au lever de leurs drapeaux nationaux respectifs lors de la cérémonie.

Au sein du détachement français

En plus des trois ministres de la Défense, on notait la présence de la Présidente estonienne Kersti Kaljulaid, du Premier ministre Jüri Ratas, du président du Riigikogu (Parlement) Eiki Nestor et du commandant des forces de défense estonienne, le général Riho Terras. Le Général d'Armée Didier Castres, Inspecteur des Armées, représentait la France.

La Présidente estonienne face au détachement français

Dans son discours, M, Margus Tsahkna a déclaré que l'arrivée du groupe de combat allié marquait clairement que l'Estonie n'était désormais plus seule et qu'elle ne serait plus jamais seule pour se défendre contre les menaces,

Il y a environ 1 200 soldats alliés dans le groupement de combat stationné à Tapa. La Grande-Bretagne contribue avec plus de 800 soldats et des chars Challenger 2, des véhicules de combat d'infanterie Warrior (IFV), de l'artillerie automotrice AS90 ainsi que d'autres véhicules blindés. La France contribue avec 300 personnels et chars Leclerc, des VBCI et des VAB.



Les détachement français de Tapa sera remplacé au bout de quatre mois par d'autres français, après quoi ils passeront la main à un contingent danois de taille similaire.







dimanche 16 avril 2017

Les traditions de Pâques en Lituanie



La majorité des Lituaniens (80%) étant des catholiques romains pratiquants, ce n'est pas une surprise que Pâques, fête la plus importante du christianisme car commémorant la résurrection de Jésus, prenne en Lituanie un relief particulier. Avec quelques traditions spécifiques.

Le rituel de Pâques commence 40 jours avant avec le Carême, appelé Gavėnia en Lituanien. Mais c'est avec le dimanche des Rameaux (Verbų Sekmadienis), le dimanche avant Pâques, que commence la Semaine Sainte. Ce dimanche commémore l'entrée de Jésus-Christ à Jérusalem. Les gens venus l'accueillir déposaient devant Lui leurs manteaux et des branches de palmiers. Comme, compte tenu du climat, il n'y a pas de palmiers en Lituanie, on a fait il y a bien longtemps des « Palmes de Pâques » spécifiques ou Verbos. Ces Verbos sont constituées de différentes fleurs colorées séchées, de tiges et d'épis de céréales, de branches de saules.

Le jeudi saint (Didysis ketvirtadienis) est, selon la coutume, le jour du grand nettoyage. Non seulement il est impératif de nettoyer sa propre personne, mais aussi la maison en entier et tout ce qui s'y trouve : fenêtres, poêles, murs, vêtements, etc …...

Le vendredi saint (Didysis Penktadienis), les gens essaient de se taire et on interdit aux enfants de faire du bruit, par respect pour Jésus qui a été crucifié ce jour-là. Lke nettoyage de la maison, entrepris le jeudi saint, doit être terminé car la poussière pourrait entrer dans les yeux de Jésus qui a déjà suffisamment souffert comme ça.

Le samedi saint (Didysis Šeštadienis) on décore les œufs, les célèbres Margučiai (singulier : Margutis), soit en les teignant naturellement avec des peaux d'oignons, des pétales de fleurs, du foin, de l'écorce d'arbre, etc.….., soit par par gravure avec un outil pointu. En outre, un panier d'aliments de Pâques (œufs, sel, pain, gâteaux, jambon, saucisse, beurre, fromage, etc.…..) est apporté à l'église pour être béni. Enfin, le soir et la nuit de Pâques, les jeunes gens célibataires déambulent à travers les villages en jouant de la musique. Ils s’arrêtent dans chaque famille pour lui souhaiter une bonne année, une bonne récolte et une bonne santé. Là où il y a une jeune fille à marier, ils entonnent un chant spécial et ils sont le plus souvent remerciés avec des Margučiai.


Le matin de Pâques (Velykos), le gens vont à la messe puis font ensuite un repas somptueux car tous les interdits alimentaires du Carême sont levés. Une des plus anciennes traditions païenne consiste en quelque sorte à trinquer avec des œufs peints. On tape les pointes des œufs les unes contre les autres et forcément l’une des deux casse Si votre coquille d’œuf reste intacte, vous êtes destiné à avoir une longue vie. 

Linksmų Šventų Velykų visiems


vendredi 14 avril 2017

Telšiai et le Musée Samogitien « Alka »



Telšiai ne fait pas partie des étapes traditionnelle des touristes en Lituanie et c'est dommage. Car, outre que c'est une ville agréable, au bord d'un lac, capitale historique de la Samogitie, elle abrite un musée très intéressant.

Telšiai est une ville de 30 000 habitants, capitale de l'apskritis ( = canton, arrondissement) éponyme, mais surtout capitale historique de la Samogitie, province aux particularismes très marqués, notamment un dialecte (ou langue ?) original, le Samogitien. Installée sur les rives du lac Mastis, Telšiai ( en Samogitien : Telšē ) a , comme Rome, sept collines dont la formation est due au géant légendaire Džiugas ! La première mention écrite de la ville remonte aux années 1450, mais les fouilles archéologiques ont montré que la région était habitée dès l'âge de pierre.

Le Musée "Alka" au bord du lac Mastis

La première église catholique date de 1536 et, aujourd'hui, Telšiai est le siège d'un évêché, avec la cathédrale saint-Antoine de Padoue, et elle possède un séminaire. Mais, en 1897, les Juifs représentaient 51 % de la population. Ce sont les soviétiques qui, d'abord, fermèrent la Yeshiva (école talmudique) en 1940, puis la population juive fut massacrée par les nazis. Miraculeusement, une rre synagogue en bois survécut jusqu'à nos jours.

Pranas Genys, premier directeur du Musée "Alka"

Tout ça, et bien d'autres choses, on le retouve au Musée Samogitien « Alka ». C'est le 24 janvier 1931 que se tint la première réunion de la Société d'Ethnographie Régionale dont le poète Pranas Genys fut élu président. Genys imaginait qu' « Alka » deviendrait un centre culturel non seulement pour Telšiai mais pour toute la Samogitie. Le Musée fut inauguré le 16 février 1932 dans trois pièces louées dans une maison en bois. Ce n'est que le 6 octobre 1938 qu'il ouvrit dans son bâtiment actuel, sur la Colline Verte.

Devant la photo  de Sophie de Choiseul-Gouffier, avec Regina Bartkienė du Département Histoire  (à droite)

Aujourd'hui, le Musée « Alka » est célèbre dans toute la Lituanie pour ses 62 000 objets présentés, ses 70 000 documents d'archives et sa bibliothèque riche de 12 000 livres, Certainns des objets et documents proviennent du manoir de Plateliai, aujourd'hui détruit, qui a appartenu de 1800 à 1945 à la famille noble d'origine française de Choiseul-Gouffier. C'est ce dernier point qui a fait que je me suis rapproché depuis plusieurs mois du Musée « Alka » et que je lui ai rendu visite le 24 mars dernier.

Au pied du Musée « Alka », au bord du lac Mastis, il y a également une Musée en plein-air regroupant 16 maisons authentiques, typiques de la Samogitie du XIXe siècle, Il n'était malheureusement pas encore ouvert lors de mon passage.

Il y a donc de quoi largement s'occuper intelligemment à Telšiai , et nul doute que j'y retournerai !

Armoiries de la Samogitie