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lundi 16 avril 2018

De servante à Impératrice : Catherine 1ère de Russie

Catherine 1ère 


Née Marta Helena Skavronskaïa le 15 avril 1684 (du calendrier grégorien) à Jakobstadt en Livonie (aujourd'hui Jēkabpils en Lettonie), le début de la vie de la future Impératrice Catherine 1ère de Russie est digne d'un roman de Zola !

Fille de paysans pauvres catholiques, elle se retrouve très vite orpheline et est placée par sa tante comme servante chez un Pasteur à Marienburg (aujourd'hui Alūksne), le Pasteur Johann Ernst Glück (1654 – 1705). Le Pasteur Glück, originaire de Saxe-Anhalt, est envoyé en Lettonie en 1675. Il est connu pour avoir fait la première traduction de la Bible en letton, Bible parue à Riga en 1694.

Paradoxalement, le Pasteur ne se soucie pas d'apprendre à lire et à écrire, et Marta demeurera analphabète toute sa vie !

En 1702, Marta épouse un Dragon suédois, Johan Rabbe (la Livonie était possession suédoise depuis 1629), apparemment pour éviter de devoir se prostituer. Mais c'est la période de la Grande Guerre du Nord (1700 – 1721) entre notamment le Tsarat de Russie et l'Empire suédois. Les troupes suédoise reculant devant l'armée russe commandée par le Generalfeldmarschall comte Boris Petrovitch Cheremetiev (1652 - 1719), le nouveau marié rejoint son régiment et disparaît !

Prise de guerre, Marta travaille comme servante auprès de Cheremetiev, puis d'Alexandre Danilovitch Menchikov (1673 - 1729), compagnon de beuverie et favori du jeune Tsar Pierre 1er, Gouverneur de Saint-Pétersbourg depuis 1702, qui sera Prince du Saint-Empire en 1707, dont elle devient sans doute la maîtresse.

Alexandre Menchikov

C'est peu après, à l'automne 1703, que Marta fait connaissance du Tsar Pierre le Grand, dont elle devient rapidement la maîtresse (NB : à cette époque, Pierre 1er est marié à Eudoxie Lopouhine). Menchikov doit céder la place …… Marta se convertit à la religion orthodoxe en 1705 et prend alors le nom de Iekaterina (Catherine) Alexeïevna. A l'automne 1707, le Tsar (après avoir divorcé) et Catherine se marient secrètement à Saint-Pétersbourg.

Le Tsar Pierre le Grand

En 1711, Catherine accompagne le Tsar dans sa campagne contre l'Empire ottoman. Les armées russes et moldaves ayant été encerclées et battues à la bataille de Stănilești par l'armée du Grand Vizir Baltaci Mehmet Pacha, Catherine achète la retraite du Grand Vizir avec ses pierreries.

Pierre 1er épouse officiellement Catherine en 1712, après en avoir eu un enfant hors mariage, Anna Petrovna, en 1708. Ils auront ensemble six autres enfants dont la future Impératrice Elisabeth 1ère. En 1721, Pierre le Grand s'auto-proclame « Empereur de toutes les Russies » et, en 1724, Catherine est couronnée Impératrice.


En janvier 1725, Pierre le Grand tombe gravement malade, demande la présence d'Anna Petrovna à son chevet, mais meurt avant d'avoir désigné d'héritier (après avoir fait tuer son fils Alexis, l'Empereur avait promulgué une loi selon laquelle le souverain régnant devait désigner lui-même son successeur).

La Garde proclame Catherine/Marta comme « Impératrice de toutes les Russies », nomme Menchikov comme chef du gouvernement et le laisse exercer une grande influence. Elle meurt deux ans plus tard, le 17 mai 1727 à l'âge de 43 ans, ayant désigné comme successeur Pierre II, 12 ans, fils du tsarévitch Alexis assassiné par son père Pierre 1er , qui mourra deux ans plus tard ……….




samedi 31 mars 2018

Napoléon 1er à Fontainebleau le 31 mars 1814




Après la désastreuse retraite de Russie, les Coalisés (Grande-Bretagne, Russie, puis Prusse, suède et Autriche) imposèrent à Napoléon 1er la campagne d'Allemagne (janvier – octobre 1813), puis la campagne de France (octobre 1813 – mars 1814).




Paris est défendue par les Maréchaux Mortier, Marmont et Moncey, en tout 28 000 hommes, 5 500 cavaliers, 129 pièces d'artillerie de position et 30 pièces de campagne. En face l'armée coalisée, commandée par le Feldmarshall Karl zu Schwarzenberg compte 103 700 hommes et 27 000 cavaliers et attaque le 30 mars par le nord-est. Les combats les plus durs ont lieu à la barrière de Clichy, défendue par Moncey qui commande la Garde nationale.

La barrière de Clichy (Horace Vernet)

Dans la soirée, des négociations sont engagées et dans la nuit Marmont, avec la médiation de Talleyrand, doit se résigner à signer une convention avec les Coalisés. Ils entreront dans la ville le lendemain (31 mars 1814). Les restes de l'armée française se retireront librement derrière l'Essonne par la Porte d'Orléans.

Pour une relation détaillée de la bataille de Paris voir (en anglais) :
http://napoleonistyka.atspace.com/Paris_1814.htm#_fight_for_Montmatre_Heights

Ce 30 mars, Napoléon était à Troyes et laissa le commandement de l'armée à Berthier pour aller tenter d'organiser la défense de Paris. C'est à 23H, alors qu'il est dans un relais de poste à Juvisy, qu'il apprend la capitulation de la capitale.



Le 31 mars au matin il est à Fontainebleau. Le tableau ci-dessus de Paul Delaroche (datant de 1840) montre l'Empereur à peine descendu de cheval, sa redingote et ses bottes crottées, ayant jeté son chapeau sur le sol, assis sur une chaise le corps avachi, accablé par les événements récents. Défait et déjà trahi par la plupart des siens, il se retrouve seul , voyant la gloire lui tourner le dos et comprenant que sa chute est proche.

Le 1er avril, Napoléon réunit ses Maréchaux pour leur annoncer son intention d'attaquer Paris. Mais, tous princes ou ducs, possédant fortune et châteaux, sont las de la guerre. Le 2 avril au soir, Caulaincourt vient informer l'Empereur que le Sénat a voté sa déchéance. Le 4 avril, sous la pression de Ney, Lefebvre, Oudinot et Moncey, Napoléon abdique en faveur de son fils (ci-dessous).



Mais, alors que le Tsar Alexandre 1er paraît prêt à accepter l'idée d'une régence, il apprend que Marmont a décidé de livrer ses troupes à Schwarzenberg à Versailles. Pour le Tsar, il n'est donc plus question de régence. Napoléon, furieux, tente une nouvelle fois de convaincre les Maréchaux de poursuivre la guerre. En vain, car ils sont décidés à ne plus obéir à ses ordres.

C'est le 6 avril au matin que Napoléon signera un second acte d'abdication, cette fois sans condition. Les souverains alliés lui ayant concédé la souveraineté de l'ile d'Elbe, l'ex-Empereur, le 20 avril, fait ses adieux à sa Garde dans la cour du Cheval Blanc du Palais de Fontainebleau.

Les adieux de Fontainebleau


Mais, me direz-vous, la Lituanie dans tout ça ?



On dit que le dernier homme à qui l'Empereur a serré la main avant son exil fut son aide de camp le Général comte lituanien Juozapas Antanas Kosakovskis (1772 - 1842 - ci-dessus face à l'Empereur), qui s'était particulièrement distingué pendant la campagne de Russie. Napoléon lui aurait même donné une redingote, redingote qui a été conservée en Lituanie jusqu'à la Première Guerre mondiale au cours de laquelle elle a disparu. Juozapas Antanas Kosakovskis est enterré dans l'église Šv. apaštalo Jokūbas à Jonava (30 km au nord de Kaunas).

Juozapas Antanas Kosakovskis



lundi 26 mars 2018

25-28 mars 1949 : déportation de 90 000 Baltes = crime contre l'humanité



Le 8 mai 1945 n’a pas signifié la fin de la guerre pour une grande partie de l’Europe, occupée par l’Union soviétique. Des mouvements de résistance, principalement les Frères de la Forêt, menèrent des actions armées dans les trois États baltes, et principalement en Lituanie où ils étaient le mieux organisés.

C’est Alexsandr Mishutin, procureur de la RSS de Lettonie, qui alerta Moscou dans un rapport secret,  le 21 septembre 1948, indiquant que des groupes clandestins de résistance, incluant des Koulaks (« riches » paysans), et des éléments contre-révolutionnaires, « pourrissaient la société soviétique lettone ».  

Le Conseil des Ministres de l’URSS (dont le président était Joseph Staline) prit, le 29 janvier 1949 la décision n° 390-1388ss approuvant la déportation des « Koulaks », des nationalistes (sic) et des bandits (re-sic), mais aussi de leurs soutiens et de leurs familles, depuis l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie.  L’objectif était double : forcer à la collectivisation des propriétés et éliminer les soutiens des insurgés.

Le 28 février 1949, Viktor Abakumov, le Ministre de la Sécurité d’Etat (MGB) signa l’ordre n° 0068 du MGB pour la préparation et l’exécution de la déportation par les Forces de l’Intérieur, aux ordres du Lieutenant-Général Burmak. Compte tenu de l’objectif de 30 000 familles à déporter, des troupes additionnelles sont venues en renfort de l’intérieur de l’URSS, 4 350 en Estonie, 4 500 en Lettonie. C’est au total 76 212 personnels, articulés en équipe de 9-10, y compris des activistes du parti communiste armés pour l’occasion, qui ont été impliqués dans la déportation.

Selon les chiffres officiels, mais qui parfois divergent, 19 827 personnes oint été déportées d’Estonie, 41 811 de Lettonie et 25 951 de Lituanie. Ils se répartissaient en 27 % d’hommes, 44 % de femmes et 29 % d’enfants de moins de 16 ans. Leur destination était la Sibérie, principalement les oblasts d’Irkoutsk (27 %), d’Omsk (23 %) et de Tomsk (16 %).

Compte tenu du fort taux de mortalité enregistré chez les déportés lors de leurs premières années en Sibérie, en raison de l’incapacité – que ce soit par négligence ou par préméditation – de fournir un hébergement et de l’habillement adapté, certaines sources considèrent ces déportations comme un génocide (intention d’éliminer systématiquement un groupe culturel, ethnique, linguistique, national, racial ou religieux). Se fondant sur la clause dite de Martens (1899) et sur les principes de la Charte de Nuremberg (1945), la Cour Européenne des Droits de l’Homme a statué que les déportations de mars 1949 constituaient un crime contre l’humanité.

et 

Je ne changerai pas une ligne à ma conclusion de 2011 sur le même sujet : « Les crimes nazis et les crimes soviétiques sont une réalité. En aucun cas les crimes des uns ne peuvent excuser les crimes des autres. En aucun cas le commanditaire du crime, qu'il soit vainqueur ou vaincu d'une guerre mondiale, n'est absout et ne doit échapper à la justice, pas plus que l'exécutant. »


En 1949, le commanditaire du crime (mais pas seulement de celui-là) est Staline, ce même Staline réhabilité par le pouvoir russe actuel.  

Tallinn



vendredi 16 mars 2018

Explications sur le 16 mars en Lettonie



A partir de juin 1940 et jusqu'en août 1991, la Lettonie a subi les occupations successives de deux régimes totalitaires, la Russie soviétique (1940 – 1941), l 'Allemagne nazie (1941 – 1944) et de nouveau la Russie soviétique (1944 – 1991). États qui, rappelons-le, furent alliés sur le terrain du 23 août 1939 (pacte Molotov – Ribbentrop) au 22 juin 1941 (début de l'opération « Barbarossa »).

En violation de la Convention de La Haye du 18 octobre 1907, interdisant l'incorporation de force de ressortissants d'un pays occupé, les Allemands ont mobilisé environ 115 000 jeunes gens (dont 25 à 30 000 furent tués) et l'Armée rouge 100 000 citoyens lettons dont 35 000 furent tués.

C'est donc illégalement que fut créée, suite à un ordre du 10 février 1943, la « Légion des Volontaires SS lettons », la grande majorité des incorporés (80 à 85%) n'étant en fait nullement volontaires. Les 15 à 20 % de volontaires avaient cru à une promesse de l'occupant nazi de redonner à terme son indépendance à la Lettonie, ce qui n'avait jaamsi été, en fait, dans ses intentions.



La 15e division SS de grenadiers « Lettland » (Lettische Nr 1) a été créée en février 1943, la 19e division SS de grenadiers « Lettland » (Lettische Nr 2) en mai 1944. D'emblée, on remarquera que, les massacres des Juifs en Lettonie ayant principalement eu lieu pendant l'année 1941, les Divisions SS lettones ne sauraient en être tenues pour responsables puisqu'elles n'existaient pas encore ! Et même si le trop fameux Komando Arājs et certains bataillons de police furent versés en 1943 dans la Légion lettone, ce fait n'est pas suffisant pour faire de la Légion lettone une structure criminelle. La 15e Division fut transférée en Allemagne à la fin de 1944 et y resta jusqu'à la fin de la guerre ; la 19e Division resta, elle, en Courlande jusqu'à la capitulation allemande du 8 mai 1945.





Le préambule de la Satversme (la Constitution lettone) précise que la Lettonie honore ceux de ses ressortissants qui ont combattu pour sa liberté, se souvient des victimes de puissances étrangères et condamne les régimes communiste et national-socialiste et leurs crimes. Le fait d'arborer publiquement les symboles des régimes totalitaires est un délit criminel selon la loi lettone. Mais, en tant qu’État démocratique, la Lettonie garantit tout les droits civiles et humains, et toutes les libertés dont la liberté d'assemblée, d'opinion et de parole (article 100).

La Lettonie commémore officiellement le 11 novembre, jour de Lāčplēsis. les soldats tombés pour sa liberté. Le 16 mars n'est pas un jour officiel de commémoration. Mais pourquoi le 16 mars ?

Du 16 au 18 mars 1944, les deux divisions SS lettones combattirent pour la dernière fois côte à côte contre l'armée rouge sur la rivière Velikaya en Russie, en avant de la frontière lettone. C'est en 1952 que naquit l'idée, à Londres, parmi les exilés lettons membres de l'association « Daugavas Vanagi », de commémorer cette bataille, mais surtout de rendre hommage à ceux qui étaient tombés ou qui avaient été blessés sur les champs de bataille de la deuxième guerre mondiale. Les survivants disent encore aujourd'hui : « Nous nous battions pour une Lettonie libre et donc contre le retour de l'Armée rouge »

Bien évidemment, à partir de la fin des années 1990, la Russie et les médias contrôlés par l’État russe interprétèrent les marches du 16 mars d'une façon biaisée, afin de tenter de discréditer la Lettonie. Les autorités russes fabriquèrent des « preuves » pour tenter de dépeindre les commémorations du 16 mars comme une glorification du nazisme et leurs participants comme des néo-nazis.

Depuis qu'elle a regagné son indépendance en 1991, la Lettonie a clairement condamné toutes les idéologies totalitaires, ainsi que les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis pendant la seconde guerre mondiale. La conscription illégale des citoyens lettons par les forces d'occupation était un crime et le 16 mars n'a pas été déclaré jour officiel de célébration. Aujourd'hui, plutôt que de chercher à creuser le fossé entre composantes de la société lettone, il vaudrait mieux chercher à tirer conjointement les leçons d'une histoire tragique. Manifestement, la Russie, toute à sa réécriture de l'histoire, n'est pas prête à une telle introspection.