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vendredi 16 février 2018

Il y a 100 ans, le 16 février 1918, restauration de l’indépendance de la Lituanie


Le 16 Février 1918, sous occupation allemande, le Conseil de Lituanie proclamait la restauration d’un État indépendant de Lituanie, régi par des principes démocratiques, ayant Vilnius pour capitale. La déclaration d’indépendance de la Lituanie (Lietuvos Nepriklausomybės Aktas - ci-dessous) fut signée ce jour-là par vingt représentants, présidés par Jonas Basanavičius


On soulignera qu'il s’agissait bien d’une restauration de l’État lituanien, dans la mesure où celui-ci avait déjà existé depuis 1253 (couronnement du roi Mindaugas) jusqu'à son occupation, principalement par la Russie tsariste, suite aux trois partages de la Pologne – Lituanie (1772, 1793, 1795).

Pour voir son indépendance réellement reconnue, la Lituanie devra mener, à partir de 1918, trois guerres :

      # Une guerre contre les armées bolcheviques de décembre 1918 à août 1919 ;

      # Une guerre contre les « bermontininkai » (volontaires germano-russo-baltes du pseudo prince russe Pavel Bermondt-Avalov, en étroite collaboration avec le Général allemand Rüdiger von der Goltz) de juin à décembre 1919 ;

     # Une guerre contre la Pologne d’août à novembre 1920, celle-ci occupant militairement la partie est de la Lituanie, y compris la capitale Vilnius, jusqu’en 1939.

On pourrait également ajouter de brefs conflits armés contre la Lettonie (été 1919 – octobre 1920) et même la France (janvier 1923), cette dernière administrant le territoire de Memel/Klaipėda au nom de la communauté internationale, suite au Traité de Versailles.

Du fait de ces conflits, et notamment de celui contre la Pologne, il fallut attendre le 14 décembre 1922 pour que l’indépendance de la Lituanie fut juridiquement reconnue au niveau international, alors que celle de l’Estonie et de la Lettonie l’avait été des le 26 Janvier 1921.



Le 16 février est désormais un jour férié en Lituanie et de nombreuses cérémonies se déroulent dans le pays. La principale a lieu à Vilnius, dans la Maison des Signatures, là où la déclaration d’indépendance a été signée en 1918. Mais, s'agissant du Centenaire, ce jour prend en cette année 2018 un relief particulier.



dimanche 4 février 2018

2 février 1920 : Traité de Tartu entre la Russie et l'Estonie




En 1920 et 1921, la République socialiste fédérative soviétique de Russie signa une série de traités de paix donnant ou redonnant leur indépendance à des Nations ayant fait partie de l'Empire russe. Le premier de ces traités fut signé le 2 février 1920 à Tartu avec la République nouvellement indépendante d'Estonie. La guerre de libération estonienne contre la Russie bolchevique avait prit fin avec la trêve du 1er janvier 1920.

Le Traité de Tartu fut suivi par :
  • 12 juillet 1920 : traité de Moscou avec la Lituanie
  • 11 août 1920 : traité de Riga avec la Lettonie
  • 14 octobre 1920 : traité de Tartu avec la Finlande
  • 21 mars 1921 : traité de Riga avec la Pologne
Par ce Traité (article 2), « la Russie reconnaît sans réserve l'indépendance et l'autonomie de l'État d'Estonie et renonce volontairement et pour toujours à tous les droits de souveraineté que possédait la Russie ».



La nouvelle frontière, âprement négociée, passait un peu à l’est des limites des anciennes provinces baltes, soit un gain territorial de 5% environ pour l’Estonie : au nord-est, elle incluait Narva et une bande de quelques kilomètres, essentiellement peuplée de russophones, sur la rive droite du fleuve Narva, avec la ville d’Ivangorod ; au sud-est, la région du Setumaa, de peuplement pour un tiers estonien, pour deux tiers russe, avec la ville de Petchory.



En 1932, en vue de garantir la sécurité russe, le commissaire du peuple aux Affaires étrangères, M. Litvinov, et le diplomate estonien J. Seljamaa signèrent, le 4 mai 1932, un traité de non-agression et de résolution pacifique des conflits. L’article 1 garantissait l’inviolabilité mutuelle des frontières entre les deux pays, telles que définies par le traité de Tartu.

L’accord de non-agression et de résolution pacifique des conflits n’empêcha pas, quelques années plus tard, en juin 1940, l’annexion de l’Estonie par l’URSS.

Jaan Poska, négociateur estonien principal du Traité de Tartu


Texte in extenso du Traité de Tartu : http://mjp.univ-perp.fr/traites/1920tartu.htm


samedi 13 janvier 2018

13 Janvier 1991 : l’armée soviétique tue 14 civils à Vilnius !


"Je me souviens pourquoi nous sommes libres"

Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le 13 Janvier 1991 ?

A moins d’un événement personnel exceptionnel, vraisemblablement pas. En ce qui me concerne, mon État-major était en plein psychodrame international car l’opération « Tempête du désert » allait se déclencher en Irak 3 jours plus tard !

En Lituanie, les Lituaniens, eux, se souviennent parfaitement de ce 13 janvier 1991 : un quart de la population était à Vilnius pour défendre sa liberté et son indépendance retrouvée, tout au moins proclamée le 11 Mars 1990, contre les chars soviétiques.

14 d’entre eux, civils lituaniens sans arme, y ont laissé la vie, tués par les OMON près de la tour de télévision, des centaines d’autres (officiellement 702) ont été blessés. On ne me fera pas croire que, dans un système aussi verrouillé, aussi hiérarchisé que l’Union soviétique, le « bon » M. Gorbatchev, Président désigné (non élu) de l’URSS, chouchou des Occidentaux, n’était pas au courant. D’autant que, du 17 au 20 Janvier, les mêmes exactions se répétèrent à Riga (Lettonie). D'ailleurs, le choix même de la date de l’attaque, après des mois de blocus économique, alors que le monde entier avait les yeux tournés vers l’Irak, ne pouvait pas être un hasard.

"Morts pour la Liberté"

Et pourtant, les Lituaniens ont gagné face au totalitarisme.

Les soviétiques n’ont pas osé donner l’assaut au Parlement, protégé par des milliers de Lituaniens qui faisaient de leur corps un rempart. Dès le 13 Janvier, Boris Eltsine, Président élu de Russie, condamna l’attaque et reconnut la souveraineté des États baltes. A Moscou, 100 000 personnes descendirent dans la rue pour condamner la répression dans les Républiques baltes. On peut dire que, quelque tragique qu’il fut pour les Baltes, ce 13 Janvier 1991 marqua le début de la fin de l’URSS, et on ne peut que s’en réjouir. Finalement le 9 Février, les Lituaniens, toujours occupés par les soviétiques, votèrent à 90,4 % pour leur indépendance. Mais les soviétiques continueront à tuer, jusqu’au 31 Juillet 1991 lorsque 7 douaniers et gardes-frontières lituaniens, sans armes, seront assassinés à Medininkai.

Devant le Parlement, à Vilnius

Aujourd’hui, la Fédération de Russie refuse toujours de reconnaître qu’il y ait eu occupation des États baltes pendant 50 ans. Aujourd’hui, la Fédération de Russie refuse que Gorbatchev aille témoigner au procès des assassins de Janvier 1991. Aujourd’hui, certains (cf. Jirinovski) réclament même le retour (sic) des États baltes dans le giron de la Russie, selon vraisemblablement un scénario à la criméenne. Aujourd’hui, certains, propagandistes zélés face à des milliers de témoins, proclament que ce ne sont pas les OMON qui ont tiré, mais des « provocateurs ». Réécriture de l'histoire et désinformation sont décidément les deux mamelles de la Russie !



On me dira que c’est le passé. Est-on sûr que ce passé ne se reproduira jamais ? Au Royaume des Bisounours, sans doute !....... Les précédents de la Géorgie et de l'Ukraine sont là pour témoigner du contraire. Et pourquoi laisse-t-on des criminels soviétiques en liberté alors que l’on continue à juger des criminels nazis octogénaires ?


La liberté a un prix. 14 Lituaniens, et quelques jours plus tard 5 Lettons, ont payé ce prix de leur vie. 

Soyons vigilants afin que de telles exactions ne se reproduisent pas.

 

mercredi 3 janvier 2018

Natalka : deux ans déjà !


Le 4 janvier 2016 s'éteignait Nathalie Pasternak, « Natalka », âgée de 50 ans, après une très longue et pénible maladie. Née en France d'ascendance ukrainienne, elle s'est battue jusqu'au bout pour la patrie de ses ancêtres.

Devenue Présidente du Conseil représentatif des Communautés Ukrainiennes en France (CRCUF) pendant la Révolution Orange de 2004, elle a milité pour une meilleure compréhension de l'Ukraine en France, notamment pour celle de son combat pour la liberté et la dignité. On lui doit de nombreuses initiatives, comme l'envoi d'observateurs internationaux lors de diverses élections en Ukraine. On lui doit également un combat incessant dans les médias français, en particulier depuis l'Euromaïdan de fin 2013, pour s'opposer aux mensonges de la propagande russe et de ceux qui la soutiennent en France.



On s'était connus en 2010, à l'occasion d'une conférence croisée qu'elle avait organisée à Montmartre sur la lutte armée des résistances ukrainienne et lituanienne à l'occupation soviétique. J’avais alors rejoint les rangs de ceux qui, au sein de la Coordination France – Lituanie, avaient des liens privilégiés avec elle, au nom de quelques siècles d’Histoire commune. Depuis, Nathalie n'avait cessé de me témoigner son amitié, allant même jusqu'à me prêter son appartement rue du Baigneur pendant une semaine, alors qu’elle et sa famille étaient en Ukraine, pour que je puisse faire visiter Paris à un ami letton.

Pour l'anecdote, c'est à elle si persuasive que je dois d'avoir participé à la seule manifestation de toute ma vie, sur le boulevard Saint-Germain jusqu'à la fontaine Saint-Michel, pour protester contre l'occupation russe de la Crimée et la guerre fomentée et soutenue par Poutine dans le Donbass.

Le 5 janvier 2016, j'écrivais sur mon blog : « Cette nuit j'ai perdu une amie et l'Ukraine a perdu une grande Dame » ! Trois ans après, elle nous manque toujours !

Ce 4 janvier 2018, ses amis se recueilleront devant sa tombe au cimetière de Montmartre à 16H30, avant une cérémonie en la cathédrale Saint Volodymyr le Grand à 18H00.



Que Jean-Pierre son mari, Demian, Lily et Ivan ses enfants, trouvent ici le témoignage de mon admiration pour leur épouse et mère. Pour elle, continuons le combat pour l'Ukraine !

Remise du Prix Grégoire Orlyk à la Mairie du 6e arrondissement en 2013