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dimanche 12 novembre 2017

En Lettonie, le 11 novembre est le jour de Lāčplēšis


 
A l’ouest de l’Europe, le 11 novembre est celui de 1918, la date de signature du cessez-le-feu mettant fin aux combats de la Première Guerre mondiale. Mais la Lettonie célèbre, elle, un autre 11 novembre, celui de 1919.

Le 11 Novembre, les Lettons célèbrent en effet le Jour de Lāčplēšis (Lāčplēša Diena). Ce jour a pour objet de commémorer le combat des habitants de la Lettonie contre tous les envahisseurs (et Dieu sait qu’ils ont été nombreux).
 

Mais, sur le plan historique, c’est surtout une réminiscence du 11 Novembre 1919, victoire dans la guerre de libération nationale, qui s’est déroulée de Décembre 1918 à Août 1920. Ce jour-là marque la fin de la bataille de Riga, victoire de l’armée lettone sur celle de Bermondt-Avalov, ce pseudo prince russe, mais véritable aventurier aux origines incertaines, qui avait formé des Corps francs russo-allemands, avec la bénédiction du général allemand Von der Goltz censé avoir retiré ses troupes de Lettonie. 
Pavel Bermondt-Avalov
 
Lāčplēšis fait référence au personnage central d’un poème épique éponyme, écrit entre 1872 et 1887, à l’époque donc de la Renaissance nationale du peuple letton, par Andrejs Pumpurs (1841 – 1902), une figure marquante du mouvement «Jaunlatvieši » (« Nouveaux Lettons »).
Andrejs Pumpurs
 
Lāčplēsis avait été choisi par les dieux pour devenir le héros de son peuple. Son nom signifie pourfendeur d’ours car, jeune homme, il avait déchiqueté un ours de ses propres mains, épisode qui apparaît sur le socle du Monument de la Liberté à Riga (cf. ci-dessous). Après maintes aventures, où la lutte de Lāčplēsis contre les Germaniques est omniprésente, le héros disparaît finalement dans la Daugava avec son dernier adversaire, le Chevalier noir, celui-ci ayant découvert que la force de Lāčplēsis résidait dans ses oreilles (sa mère étant une ourse). Mais la légende dit que Lāčplēsis reviendra pour libérer son pays en rejetant le monstre à ma mer. Les ennemis potentiels de la Lettonie sont prévenus.
 

NB : La Fête Nationale lettone tombe une semaine plus tard, le 18 Novembre, et commémore la Proclamation d’Indépendance (Latvijas republikas proklamēšana diena) du 18 Novembre 1918..

On notera que l’Ordre de Lāčplēsis a été institué à cette occasion et que les premiers récipiendaires l’ont reçu le 11 Novembre 1920 (il a été attribué jusqu’en 1928). Parmi les récipiendaires, j’ai compté 49 Français s’étant illustrés lors de la guerre d’indépendance de la Lettonie, dont certains sont bien connus des spécialistes de cette période : le Général Niessel, le Général Janin, le Capitaine de Vaisseau Brisson et le Lieutenant-colonel du Parquet. Mais on trouve également le Maréchal Foch et le Général Weygand, ainsi que la ville de Verdun.   
 

 

dimanche 5 novembre 2017

4 novembre 1612 : les milices russes reprennent Moscou aux Polono-Lituaniens


NB : les dates ci-dessous sont données dans le calendrier julien . Il convient donc d’ajouter 10 jours - qui correspondent au décalage entre les deux calendriers entre 1582 et 1700 – pour obtenir la date correspondante du calendrier grégorien. Le 22 octobre 1612 du calendrier julien est donc le 4 novembre du calendrier grégorien.


Le 22 octobre 1612 une milice russe, précédée de l’icône de la Vierge de Kazan, rentre à Moscou et en chasse les envahisseurs polonais qui l’occupaient depuis plus de 2 ans.

Icône de la Vierge de Kazan

Tout avait commencé en 1584 avec l’arrivée sur le trône de Fédor 1er, un Riourikide, fils d’Ivan IV dit le Terrible. Fédor est qualifié de « peu intelligent, légèrement retardé et incapable de gouverner » ! Le sachant, Ivan IV avait institué un Conseil de régence, mais c’est en fait Boris Godounov, beau-frère du Tsar Fédor, non membre du Conseil, qui s’empare de facto du pouvoir. Après la mort de Fédor le 7 janvier 1598Boris Godounov est élu Tsar par un Zemski Sobor (qu’on peut comparer aux Etats Généraux en France) convoqué par le patriarche Job.

Fédor 1er
Il va s’en suivre une période d’une quinzaine d’années pendant laquelle les intrigues et les rivalités des prétendants au trône vont mettre en péril l’existence de l’État russe. Cette période est connue sous le nom de Temps des troubles.

De 1601 à 1603, la famine et la peste ravagent les campagnes et des hordes de brigands pillent le pays. Aussi, lorsque le premier faux Dimitri (un imposteur du nom de Grégori Otrepiev, prétendant être le Tsarévitch Dimitri, fils d’Ivan IV mort à Ouglitch en 1591 dans des circonstances troubles) entre en Russie en octobre 1604, il est bien accueilli par toutes les couches sociales, lassées de Boris Godounov. Dimitri entre à Moscou le 30 juin 1605, après la mort subite de Boris Godounov et l’assassinat de la veuve et du fils de celui-ci. Couronné Tsar le 30 juillet 1605 sous le nom de Dimitri II, réformateur mais contesté, il sera assassiné le 17 mai 1606, 9 jours après son mariage avec une noble polonaise, Marina Mniszek. 

Car la République des Deux Nations (polono-lituanienne) joue un rôle …… trouble pendant cette période. Des membres de la noblesse polono-lituanienne soutiennent le faux Dimitri en 1605 – 1606, mais sans l’accord du Roi Sigismond III (Zigmantas Vaza). Quand le Tsar Vassili IV Chouiski (légalement élu après le premier faux Dimitri) conclut une alliance avec les Suédois en 1607, Sigismond III déclare la guerre à la Russie, dans l’espoir d’obtenir des concessions territoriales.

Sigismond III de Pologne

Après quelques victoires, dont celle de la bataille de Klouchino (4 juillet 1610), les Polono-Lituaniens font leur entrée à Moscou. Le 27 août 1610, le prince Ladislas, 15 ans, fils de Sigismond III, est désigné Tsar par un conseil restreint des boyards russes. Mais le Roi de Pologne, arguant de jeune âge de son fils, envisageant de venir lui-même de régner à Moscou, l’ensemble des boyards refuse d’agréer cette nomination ! Les Russes, sous le commandement de Procope Liapounof, se soulèvent et assiègent en mars 1611 les soldats polonais cantonnés dans le Kremlin de Moscou. L’anarchie s’installe dans le Tsarat.  

C’est le Prince Dmitri Pojarski qui accepta de prendre la tête d’une armée de volontaires en formation à Nijni-Novgorod, à condition d’être assisté d’un boucher prospère, Kuzma Minin, membre de la guilde de Nijni-Novgorod. Après avoir prié l’icône de Notre-Dame de Kazan, une des plus saintes de Russie, Pojarski et ses troupes mirent le siège au Kremlin de Moscou le 18 août 1612 et interceptèrent les renforts du Grand Hetman de Lituanie, Jonas Karolis Chodkevičius. Un des points clés fut la capture, par la Prince Dmitri Troubetskoï, des provisions destinées à la garnison polonaise du Kremlin. La famine s’installa et la garnison dut se rendre le 22 octobre 1612.   

Monument à la gloire de Minine et Pojarski, devant la cathédrale Saint-Basile 
Au début de 1613, le Zemski Sobor décide d’élire un Tsar russe et, le 21 février 1613, choisit Michel Romanov, dont la famille est proche des anciens Riourikides, et qui sera couronné le 22 juillet 1613 sous le nom de Michel 1er.  

La Russie tsariste a fêté ce jour jusqu'en 1917, sous le nom de jour de l'unité nationale ( День народного единства ). Cette fête du 22 octobre / 4 novembre a été ré-instituée en 2005 par Vladimir Poutine, dans le but non avoué de damer le pion aux célébrations de la Révolution d'Octobre (7 – 8 novembre), Elle est par ailleurs le prétexte à des « Marches russes » dans les grandes villes de Russie, organisées par les nationalistes néo-fascistes russes.

Marche russe



mardi 31 octobre 2017

31 Octobre 1517: les 95 thèses de Luther et la Livonie

Martin Luther

Même en l’absence de témoignage direct sur l’événement, l’affichage sur les portes de la chapelle du château de Wittenberg (ville de Saxe-Anhalt située au bord de l’Elbe), le 31 Octobre 1517, de ses « 95 thèses » par le moine et théologien allemand Martin Luther (1483 – 1546) est logique avec les usages du temps. Pour l'anecdote, cet affichage est rapporté par un philosophe professeur à Wittenberg du nom de …… Mélanchthon.


Les 95 thèses condamnaient violemment la vente d’indulgences que pratiquait l’Eglise Catholique Romaine, et plus durement encore les pratiques du Haut clergé et notamment de la Papauté. On peut consulter les 95 thèses, dont le nom officiel est Martini Lutheri disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarumpar exemple surhttp://fr.wikipedia.org/wiki/95_th%C3%A8ses.

Fac-similé des 95 thèses


Ce faisant, Martin Luther ne se doutait pas qu’il allait créer une nouvelle religion et bouleverser, moins d'un demi-siècle plus tard, l’équilibre géopolitique de la région balte.

Sur le territoire de ce qui est aujourd’hui – grosso modo – la Lettonie et l’Estonie, la Confédération livonienne exista de 1228 à 1560. Elle regroupait cinq petits Etats : l’Ordre Livonien, l’archevêché de Riga et les évêchés de Dorpat (aujourd’hui Tartu), d’Ősel-Wiek et de Courlande. Créée par le Légat du Pape en 1228, afin de minimiser les conflits, la Confédération était en fait contrôlée par les Chevaliers Porte-Glaive.



Mais, en 1558, Ivan IV, premier tsar de Russie, déclenche la Guerre de Livonie car il veut accéder, et au-delà dominer, la Mer Baltique. La Russie emporte des succès initiaux, et envahit la Confédération livonienne. Affaibli, le Maître de l’Ordre livonien, Gothard Kettler, doit se résoudre, en 1559, à demander l’aide de Sigismond II Auguste,Roi de Pologne Grand-duc de Lituanie, moyennant des concessions. Parallèlement, Gothard Kettler, conscient des progrès du luthéranisme parmi ses sujets, se convertit et sécularise à son profit les terres de l'Ordre (attitude qui ressemble à celle d'Albert de Brandebourg, dernier Grand-maître de l’Ordre Teutonique en Prusse, en 1525).

Gothard Kettler

Le Traité de Vilnius est signé le 28 Novembre 1561Par ce Traité, la Confédération livonienne résiduelle reconnaît la suzeraineté du Roi de Pologne – Grand-duc de Lituanie (Pacta subiectionis). Gothard Kettler, dernier Maître de l’Ordre livonien, devient Duc héréditaire de Courlande et de Sémigalle, vassal de Sigismond II Auguste ; le reste du pays est placé sous administration lituanienne. La capitale du Duché passe de Riga, restée polonaise, à Mitau (aujourd’hui Jelgava).  


Le 5 Mars 1562, Gothard Kettler dépose solennellement à Rīga le manteau des Chevaliers Porte-Glaive, en faisant allégeance au Roi de Pologne, représenté par Nicolas IV Radziwiłł, Palatin de Vilnius et Gouverneur de la Livonie. Il épouse en 1566 la princesse Anne von Mecklembourg-Schwerin et il s’ensuit une dynastie Kettler jusqu’en 1737. Le 25 Juin 1570, il publie les « Privilegium Gotthardium », la première Constitution de Courlande.

Château de Mitau / Jelgava

dimanche 8 octobre 2017

La LITPOLUKRBRIG portera le nom de Kostanty Ostrogski



L'idée d'une Brigade multinationale lituano-polono-ukrainienne (LITPOLUKRBRIG) remonte à juin 2007. Il faut toutefois attendre le 19 septembre 2014 pour que la Brigade soit formée de facto, suite à l'occupation et à l'annexion de la Crimée ukrainienne par la Russie. Le PC de la Brigade a été inauguré à Lublin (est de la Pologne) le 25 janvier 2016. La Brigade a participé à son premier exercice d'entraînement, « Brave Band », en février 2016.



C'est ce 5 octobre 2017 que la Brigade a reçu le nom de Kostanty Ostrogski

Kostanty Iwanowicz Ostrogski (en lituanien Konstantinas Ostrogiškis) était un magnat du Grand-duché de Lituanie, né vers 1460 à  Ostroh, dans l'ouest de l'actuelle Ukraine. Il commença sa carrière militaire sous le règne du Roi de Pologne / Grand-duc de Lituanie Jean 1er Albert (Jan I Olbracht – règne de 1492 à 1501) et prit part à plusieurs guerres contre les Tatars et contre la Moscovie.

C'est après sa victoire près d'Ochakiv contre le Khan de Crimée Mukhamad Khan Girai qu'il reçut le titre de Grand Hetman de Lituanie le 11 septembre 1497. Lorsqu'en 1512 commence la 4ème guerre entre le Grand-duché de Lituanie et la Moscovie, Kostanty Ostroski est le commandant en chef de toutes les forces polono-lituaniennes, environ 35 000 hommes. Le 8 septembre 1514 il remporte à Orsha une victoire significative contre les forces supérieures en nombre (80 000 hommes) du Grand-prince de Moscou Vasili III Ivanovitch, aux ordres du Prince Mikhail Golitsin.

Kostanty Ostroski

A sa mort le 10 août 1530, c'est un chef de guerre très respecté. Bien que loyal au monarque catholique polono-lituanien, il était de religion orthodoxe et fut enterré à la Pecherska Lavra de Kyiv, dans la cathédrale de la Dormition. La ville de Starokostiantyniv dans l'ouest de l'Ukraine, dont il avait fait construire la forteresse, porte son nom. Comme il était locuteur de langue ruthène, il est considéré comme un précurseur de la langue ukrainienne et est à ce titre considéré comme un héros en Ukraine.

On constate donc que le choix du nom de Kostanty Ostroski pour la Brigade lituano-polono-ukrainienne est judicieux dans la mesure où, son son commandement, ont été fédérées les armées lituano-ruthènes et polonaises pour battre le Mocovite !

NB : le commandant actuel de la LITPOLUKRBRIG est le Colonel polonais Zenon Brzuszko.







mercredi 23 août 2017

23 août 1939 : Le pacte Molotov–Ribbentrop - 23 août 1989 : La Voie Balte


Tous les 23 août, les Baltes célèbrent un double événement : l’un, tragique dans ses conséquences, le Pacte Molotov – Ribbentrop du 23 août 1939, l’autre, synonyme de révolte et d’espoir, la Voie Balte du 23 août 1989

Après leur retour (Lituanie) ou leur accession (Lettonie, Estonie) à l’indépendance en 1918, les États baltes avaient signé avec la Russie soviétique des traités de paix et des pactes de non-agression. Pressentant le conflit européen, ils avaient adopté, début novembre 1938, des textes de lois destinés à manifester leur volonté de rester neutres, à l’écart d’un éventuel conflit.

De son côté l’URSS, inquiète des projets d’expansion à l’est de l’Allemagne cherchait à conclure des accords d’alliance, y compris d’entraide militaire, avec la France et la Grande-Bretagne. Mais ces derniers, faisant preuve d’atermoiements, les soviétiques vont se détourner des démocraties occidentales pour se rabattre sur un accord avec l’Allemagne nazie.

Le 23 août 1939, l'Union soviétique, représentée par son Ministre des Affaires Étrangères, Viatcheslav Molotov, et l'Allemagne nazie, représentée par son homologue, Joachim von Ribbentrop, signent à Moscou un Traité de non-agression entre l'Allemagne et l'Union des républiques socialistes soviétiques, plus communément appelé Pacte Molotov-Ribbentrop.



Le traité proclamait un renoncement au conflit entre les deux pays, ainsi qu'une position de neutralité dans le cas où l'un des deux pays signataires serait attaqué par une tierce partie.

Mais le traité comportait également plusieurs protocoles restés longtemps secrets qui déterminèrent le destin des États Baltes pour 50 ans. Dans ces protocoles, les deux puissances totalitaires s’entendaient pour se partager la Pologne et pour désigner la frontière nord de la Lituanie comme ligne de partage entre leurs « sphères d’influence ». Ainsi, la Finlande, l’Estonie et la Lettonie tombaient dans la sphère d’influence soviétique, la Lituanie dans celle de l’Allemagne.

Ayant les mains libres à l’est, Hitler envahit donc « tranquillement » la Pologne le 1er septembre 1939, ce qui conduisit à la Deuxième Guerre mondiale par l’intervention, le 3 Septembre, de la France et de la Grande-Bretagne volant au secours de leur allié polonais. De son côté, l’URSS envahit la Pologne par l’est le 17 septembre 1939, sans même de déclaration de guerre préalable. Le 28 septembre 1939, les deux puissances totalitaires signèrent un nouvel accord de délimitation des frontières, avec un accord secret complémentaire par lequel la Lituanie tombait, à présent, dans la sphère des intérêts soviétiques.


On n’oubliera pas également que, suite au pacte, l’URSS approvisionna largement l’Allemagne en matières premières (notamment pétrole, caoutchouc, céréales), ce qui permit à celle-ci de constituer des stocks nécessaires à son armée et à son industrie pour la suite de la guerre. C'est ainsi grâce à de l'essence russe que l'Allemagne put envahir la France en mai 1940 ! (Ci-dessous, fraternisation de soldats nazis et russes).



Aujourd’hui, la Fédération de Russie ne fait commencer la seconde Guerre Mondiale qu’en 1941, revendiquant même le titre de principal vainqueur. C’est « oublier » un peu rapidement que, pendant deux ans, elle fut un allié fidèle du régime nazi. Ça en serait presque cocasse si, dans le même temps, elle n'accusait pas les États baltes d'encourager la résurgence du nazisme chez eux ! 

Cinquante ans après, le 23 août 1989, en signe de protestation contre l’occupation dont ils étaient victimes, 2 millions de Baltes (donc un quart de la population totale) se donnèrent la main sur 675 km, entre Vilnius et Tallinn via Riga. Ce fut la Voie Balte, destinée à attirer l'attention de l'Occident sur le sort des États baltes. Les participants demandaient la reconnaissance des protocoles secrets du pacte Molotov-Ribbentrop, mais surtout le rétablissement de leur indépendance et de leur liberté.



Au passage, le logisticien que je fus ne peut qu’être admiratif devant l’organisation d’un tel événement, au nez et à la barbe de l’occupant ! Le parcours exact fut LT: Vilnius – Širvintos – Ukmergė – Panevėžys – Pasvalys – LV: Bauska – Iecava – Ķekava – Rīga – Vangaži – Sigulda – Līgatne – Drabeši – Cēsis – Lode – Valmiera – Jēči – Lizdēni – Rencēni – Oleri – Zasi – Rūjiena – Koniņi – EE:  Nuija  Karksi Viljandi – Türi – Rapla – Tallin.

Depuis 2009, le 23 août est la Journée européenne de commémoration des victimes du stalinisme et du nazisme.

Aujourd'hui, 23 août 2017, des bruits de bottes, toujours les mêmes, se font encore entendre dans la région, en préambule à la manoeuvre „Zapad-2017“ qui va amener des milliers de soldats russes et bélarusses aux frontières des Etats baltes.




dimanche 18 juin 2017

Lituanie : à propos de la Colline des Croix



Par le biais des alertes Google, je suis encore tombé ce matin sur un site faisant remonter l'installation de la Colline des Croix, près de Šiauliai dans le nord de la Lituanie, au XIVe siècle. Je ne suis pas surpris dans la mesure où c'est ni plus ni moins qu'un copier-coller de Wikipédia (« Les premières croix ont été posées sur la colline fortifiée au xive siècle ») qui relève du domaine de la bourde historique ! Je pense toutefois qu’il n’est pas inutile de rappeler l’histoire de cette colline.

Faisons tout de suite un sort à quelqu'un qui s’auto-baptise « un des meilleurs connaisseurs des Pays baltes » ! Non, les premières croix n’ont pas été érigées par les Lituaniens après la bataille de Saulė (qui, au passage, n’a vraisemblablement pas eu lieu près de Šiauliai) en 1236 ! Pour la simple raison qu’en 1236 les Lituaniens étaient païens et qu’ils n’ont été convertis au christianisme (du moins leurs chefs, à commencer par le Grand-duc Jogaila) qu’en 1386, avec une brève parenthèse opportuniste (1252 – 1260) sous Mindaugas.

A la vérité, sur cette colline de Jurgaičiai (Jurgaičių piliakalnio ) il n’y avait jusqu’au XIVe siècle qu’un château en bois qui participait à la défense du Grand-duché de Lituanie contre les incursions des Chevaliers livoniens, château qui fut brûlé en 1348.
 

La première mention écrite de la présence de croix sur cette colline date de 1850. Le trésorier du district de Šiauliai, Mauricijus Griškevičius, fait état d’un habitant de Jurgaičiai qui avait fait la promesse à Dieu en 1847 de mettre des croix sur la colline s’il survivait à une grave maladie. Il est vraisemblable toutefois que les premières croix aient été placées après l’insurrection de 1831 par les proches des victimes lituaniennes, les autorités russes tsaristes n’ayant pas permis que celles-ci aient une sépulture décente. Puis les croix devinrent plus nombreuses après la seconde insurrection de 1863.

A la fin du XIXe siècle, la colline était déjà un lieu sacré réputé. Le premier comptage des croix eut lieu en 1900 et on dénombra alors 130 croix ; en 1938, il y en avait 400.

Sous l’occupation soviétique, la Colline des Croix prit une importance particulière, devenant le symbole de la résistance au régime. En 1960 il y avait plus de 2 000 croix, aussi le gouvernement soviétique, considérant le lieu comme hostile, détruisit les croix en 1961 et planta à la place des arbres décoratifs. A plusieurs reprises, la colline fut rasée par les bulldozers, notamment en 1973, 1974 et 1976, et le site était gardé par l’armée soviétique et le KGB. En 1978 et 1979 il eut même des tentatives pour construire un barrage afin d’inonder la zone. Mais, à chaque fois, les Lituaniens réussissaient à revenir et chaque année, environ 500 croix devaient être détruites par l’occupant. 

Ce n’est qu’à partir de 1985 que la Colline des Croix fut laissée en paix et, après le retour de la Lituanie à l’indépendance, elle gagna une réputation désormais mondiale. A l’époque, des volontaires de Šiauliai comptèrent 14 387 grandes croix. Il est aujourd’hui impossible de dire combien de millions de croix de toutes tailles il y a sur le site, des centaines s’ajoutant quotidiennement.

Le Pape Jean-Paul II visita la Colline des Croix le 7 Septembre 1993 et fit don d’une croix haute de 3,80 mètres que l’on peut voir à l’entrée du site.




Aujourd'hui, la Colline des Croix est un lieu national majeur lituanien. Personnellement, ce que je trouve le plus remarquable, c’est que le site est ouvert à tous les vents mais que personne, au grand jamais personne, n’aurait l’idée de toucher aux médailles, chapelets, voire pièces de monnaie, et bien sûr aux croix de toutes tailles déposées là. En Lituanie, on a encore apparemment le sens des valeurs.  


vendredi 16 juin 2017

"Don't look back in anger"

Il est parfois, souvent même, des choses plus importantes à faire que de mettre à jour un blog !

Depuis fin avril, j'ai donné la priorité aux conférences que je donne aux militaires français qui partent en Estonie dans le cadre de la « enhanced Forward Presence » de l'OTAN. C'est ainsi que j'étais le 16 mai au 121e Régiment du Train à Montlhéry et le 7 juin au 2e Régiment Étranger d'Infanterie à Nîmes. Ce cycle Estonie devrait se terminer le 5 juillet au camp de Mourmelon, au 501e Régiment de Chars de Combat.

Outre qu'il est valorisant de voir qu'on me fait confiance pour transmettre mes connaissances alors que je suis de facto civil (j'ai dépassé l'âge d'être Officier de réserve depuis « un certain temps »), il est pour moi intéressant de comparer in situ les corps de troupe d'aujourd'hui avec ce qu'ils étaient il y a 17 ans, lorsque j'ai quitté le service actif. On me permettra toutefois d'invoquer le devoir de réserve afin de garder pour moi mes réflexions.

eFP en Estonie

Il est du domaine du possible que je continue à la rentrée avec des conférences sur la Lituanie, les éléments français basculant en effet en novembre 2017 du soutien des Britanniques en Estonie à celui des Allemands en Lituanie. Mais étant « payé à l'acte » (et en l’occurrence pas encore payé de mes missions du mois de mars!), mon statut est quelque peu précaire …...

En outre, un incident – par définition non prévu – est venu perturber mon emploi du temps, Venu passer, le 17 mai, une épreuve d'effort à l'hôpital militaire Begin (Saint-Mandé), je me suis retrouvé hospitalisé pendant 8 jours, le temps de trouver le traitement ad hoc pour minimiser mon arythmie cardiaque. Juste histoire de me rappeler que chaque jour je vieillis ……

Entrée de l'hôpital Bégin

Néanmoins, ma vie continue à ne pas être un long fleuve tranquille, et c'est tant mieux ! J'envisage toutefois de faire un tri sérieux dans mes diverses activités à l'horizon de 2019,

Je pars ce lundi pour 8 jours en Bretagne (Saint-Gildas de Rhuys, Morbihan) pour des vacances qui, comme d'habitude, ne seront pas vraiment du repos.

Du 30 juin au 3 juillet, je serai à Lyon pour aider à tenir le stand de la Lituanie lors des traditionnelles Fêtes Consulaires sur la place Bellecour. C'est pour moi une obligation morale que de traverser la France pour, avec d'autres amis, donner un coup de main à mon ami Consul Honoraire de Lituanie pour promouvoir ce pays dont nous sommes plus que des fans.

Le 5 juillet, je serai donc à Mourmelon et le 6 je passe un IRM à l'HIA Begin, en espérant qu'on ne me refasse pas le coup de l’hospitalisation ……

Camp de Mourmelon
Du 3 au 18 août, j'accueillerai mon ami letton qui n'est pas venu en France depuis 2 ans.

Merci donc de pardonner mes absences passées et à venir sur ce blog. En tout état de cause, ne regardez pas en arrière avec colère …...



vendredi 28 avril 2017

Avril 2007 : l'affaire du soldat de bronze à Tallinn






Du 26 au 28 avril 2007, la capitale estonienne a connu des émeutes qui, avec le recul, de dix années, peuvent être interprétées comme la première manifestation d'une guerre hybride.

En septembre 1944, puis en avril 1945, les restes de soldats soviétiques sont enterrés sur la colline de Tonismägi, dans le centre de Tallinn. Le 12 juin 1945, la place est renommée « Square des Libérateurs », Un mémorial, commandé à l'architecte Arnold Alas, est inauguré le 22 septembre 1947 ; sa statue centrale est un soldat de bronze, œuvre du sculpteur Enn Roos. En 1964, il est ajouté une « flamme éternelle ».

Le problème est que ce soldat « libérateur » apparaissait, aux yeux des Estoniens, comme le symbole de 50 ans d'occupation.

Le 4 mai 2006, les partis conservateurs de centre droit Union de la patrie et Res Publica demandent à la municipalité de Tallinn de prévoir le déplacement du monuments à un endroit moins central et la ré-inhumation des restes de soldats dans un cimetière militaire. C'est le Parti de la Constitution, soutenu par le Kremlin, dont le leader est Andrei Zarenkov, qui exprime le premier son opposition au déplacement.

Le site du monument sur Tõnismägi devint rapidement le point de fixation à la fois des nationalistes estoniens et des groupes extrémistes russes. « Nochnoy Dozor », la Garde Nocturne , est créée, avec pour objectif la protection du monument. Ça n'empêche pas celui-ci d'être vandalisé le 22 mai 2006, Le 26 mai, le Ministre de l'Intérieur interdit tout rassemblement aux alentours immédiats du monument, lequel est gardé 24 heures sur 24 par la police.

Le 10 janvier 2007, le Riigikogu (parlement) vota le « Décret de protection des tombes de guerre » qui stipule que le Premier Ministre peut décider du déplacement des restes de soldats si leur lieu d'inhumation est inapproprié. Le 9 mars 2007, le Ministère de la défense recommanda de déplacer les restes des soldats de Tõnismägi. Les travaux préparatoires commencèrent le 26 avril. À 04H30 du matin.

Mais, rapidement, la tension monta, notamment à partir de 9H du matin ce 26 avril. Les manifestants lancèrent des pavés sur les policiers (ce qui n'est pas vraiment dans les mœurs locales) qui durent faire usage de lacrymogènes et de canons à eau. Des voitures furent endommagées et des boutiques pillées. Il fut procédé à 300 arrestations, la plupart des prévenus ayant moins de 20 ans. Les manifestations reprirent le 27 avril soir, s'étonnant même à Narva et Jöhvi, dans l'extrême nord-est russophone de l'Estonie.


Dans la nuit du 27 au 28 avril, devant la gravité de la situation, le gouvernement réuni dans la nuit décide de faire enlever le soldat de bronze le lendemain matin, d'un seul tenant. En outre, la vente de l'alcool est interdite sur tout le territoire estonien du 28 avril au 2 mai. Mais la situation ne reviendra au calme qu'à partir du 9 mai. Ces manifestations auront toutefois fait un mort, Dmitri Ganin, 20 ans, poignardé dans des conditions non encore élucidées à ce jour. Les centaines d'arrestations ne conduiront qu'à 91 inculpations et 6 emprisonnements.



Il est aujourd'hui certain que des agents des forces spéciales russes, en provenance a priori de la Brigade de Spetsnaz de Pskov (de l'autre côté de la frontière) , on coordonné les manifestations, ravitaillant en outre les insurgés en liquide inflammable et en …… vodka.

En outre, l'Estonie a eu à subir le 9 mai la première cyberattaque par déni de service (DoS attack) d'envergure sur les sites des journaux, les banques et les organismes gouvernementaux. L'attaque ayant eu lieu le jour où la Russie célèbre la victoire de 1945, le 9 mai et non pas le 8 mai comme les autres pays, tous les regards accusateurs se tournèrent vers Moscou …...

Ces événements de 2007 contenaient donc déjà tous les ingrédients d'une attaque hybride (manipulation des masses par des agents sur le terrain et cyberattaques) que l'Estonie pourrait bien subir à nouveau dans un futur plus ou moins proche.

Le soldat de bronze à son emplacement actuel, dans le Cimetière des Forces de Défense de Tallinn