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mardi 13 janvier 2015

Janvier 1991 : les soviétiques tuent encore en Lituanie et en Lettonie


Dans l’inconscient des Occidentaux, quelque peu fâchés avec l’histoire, les exactions de l’Union soviétique se sont arrêtées avec la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989. Il n’en est évidemment rien puisque des Etats souverains, les Etats baltes, étaient toujours occupés depuis le 17 juin 1940 (http://gillesenlettonie.blogspot.fr/2011/06/17-juin-1940-debut-de-loccupation-des.html)

Le 11 Mars 1990, à 22H44, le Soviet Suprême de Lituanie, devenu Diète Reconstituante, adoptait l’Acte de rétablissement de l’Etat indépendant de Lituanie. La Diète déclare également le retour en vigueur de la Constitution de 1938, afin de bien monter la continuité de la souveraineté de la Lituanie, occupée depuis 1940 par l’Union soviétique.

Pour cause de Perestroïka, les autorités soviétiques ne réagissent pas tout de suite, du moins jusqu’au début de 1991.

Le 2 Janvier 1991, à Riga, capitale de la Lettonie,  ce sont les troupes spéciales du Ministère de l’Intérieur d’URSS qui investissent l’imprimerie d’où sortent presque tous les journaux du pays. Le 7 Janvier, ce sont les parachutistes du Ministère de la Défense d’URSS qui sont dépêchés dans les trois Etats baltes pour contraindre les conscrits à rejoindre l’armée soviétique. A Vilnius, où les blindés soviétiques patrouillent dans les rues, le Président Vytautas Landsbergis, issu des élections démocratiques de 1990, appelle la population lituanienne à se rassembler pour exiger liberté et indépendance.

Le 10 Janvier, Mikhaïl Gorbatchev, président non élu d’URSS, exige du « soviet suprême de Lituanie » la restauration de la Constitution soviétique. Les dirigeants lituaniens se tournent vers les gouvernements occidentaux à qui ils demandent d’être garants de l’indépendance de leur pays. Ceux-ci pensent généralement que Gorbatchev ne bougera pas.

Les 12 et 13 Janvier à Vilnius, alors que le monde entier a les yeux tournés vers l’Irak où la guerre va bientôt se déclencher (les premières frappes aériennes auront lieu le 16 Janvier), les parachutistes de l’Armée rouge tentent de prendre le contrôle de la tour de télévision lituanienne, défendue par des civils sans arme. On y relèvera 14 morts et plus de 600 blessés. Le 13, Gorbatchev s’entretient au téléphone avec Vytautas Landsbergis à qui il assure n’avoir appris les faits qu’après coup. Qui peut croire ça une seule seconde dans une URSS hyper centralisée ?! Une partie du monde ouvre enfin les yeux et découvre le vrai visage du « gentil Gorby », lauréat du Prix Nobel de la paix, tellement adulé à l’ouest.

Pendant ces journées, des milliers de Lituaniens formeront un rempart humain pour défendre le Parlement et empêcheront ainsi sa prise d’assaut.



A Riga, c’est le 17 Janvier que les militaires soviétiques se heurtent aux civils qui avaient mis en place des barrages pour bloquer les accès de la ville. Un manifestant est tué. Le 20 Janvier, quatre personnes sont tuées lorsque les forces spéciales du Ministère de l’intérieur d’URSS donnent l’assaut au Ministère de l’Intérieur letton à Riga. 

Dès le 13 Janvier, Boris Eltsine, Président élu de la Fédération de Russie, avait condamné l’attaque et avait reconnu la souveraineté des Etats baltes, tout en organisant celle de la Russie. A Moscou, 100 000 personnes descendent dans la rue pour protester contre la répression qui sévit dans les républiques baltes. Gorbatchev recule, les Lituaniens ont fait reculer l’Union soviétique. Mais celle-ci continuera à tuer : 7 douaniers et gardes-frontières lituaniens sans armes seront encore assassinés à Medininkai le 31 Juillet 1991.

On me dira que tout ça c’est le passé. Outre que 24 ans, ce n’est pas si vieux que ça, alors qu’on juge toujours des criminels nazis, la Russie d’aujourd’hui refuse toujours de reconnaître qu’il y ait eu occupation des Etats baltes. Et son homme fort, Vladimir Poutine, a toujours considéré le démantèlement de l’URSS comme la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle ! On en a encore la preuve aujourd’hui, où d’aucuns pensent que la Russie, après la Géorgie et l’Ukraine, par sa politique revanchiste et révisionniste, pourrait une fois de plus menacer la souveraineté des Etats baltes. Il appartient aux instances euro-atlantique de réaffirmer, sans faiblesse, que la liberté et la sécurité des Etats baltes seront garanties.




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