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lundi 30 janvier 2012

Elections 2012: en Lituanie aussi



2012 sera une année d’élections importantes ou/et dans ma zone d’intérêt (liste subjective):

4 Mars – RUSSIE – Election présidentielle
22 Avril / 6 Mai – FRANCE – Election présidentielle
10 / 17 Juin – FRANCE – Elections législatives
14 Octobre – LITUANIE - Elections législatives
28 Octobre – UKRAINE – Elections législatives

Les élections législatives en Lituanie ont donné lieu à un sondage, relativement ancien (12 au 19 Décembre), mais qui donne une idée des forces en présence. 

Si les élections législatives avaient eu lieu à cette période, les Lituaniens ont indiqué qu’ils voteraient pour :

      # Parti social-démocrate :       16,2 %
      # Parti Ordre et Justice (Paksas) :       8,7 %
      # Union pour la patrie (actuellement au pouvoir) : 6,2 %

Les autres partis ne dépasseraient pas la barre des 5 % permettant d’avoir des députés. 31,8 % des sondés ont indiqué qu’ils n’iraient pas voter, 10,4 % ne savant pas encore pour qui voter.

Avec un certain illogisme, lorsqu’on leur demande quelle personnalité ils préféreraient avoir comme Premier Ministre, les Lituaniens interrogés ont répondu :

      # Irena Degutiene (Président du Parlement – Union pour la Patrie) :       16,9 %    
      # Algirdas Butkevicius (leader du Parti social-démocrate) :      13,6 %
      # Viktoras Uspaskichas (leader du Parti du Travail) :       10,6 %
      # Ingrida Simonyte (Ministre des Finances) :       4,5 %
      # Raimondas Kuodis (Directeur adjoint de la Banque de Lituanie) :      4,3 %
      # Andrius Kubilius (Premier Ministre actuel – Union pour la Patrie) :      4 %
      # Rolandas Paksas (leader du Parti Ordre et Justice) :      3,9 %  

« L’illogisme irrite. Trop de logique ennuie » (André Gide). Les Lituaniens ne sont pas près de s’ennuyer……

Mme Irena Degutiene (a gauche), avec Madame l'Ambassadeur de France




samedi 28 janvier 2012

Exposition “La France en relief” à Paris

Briançon


J’ai profité de mon récent court séjour à Paris pour aller voir l’exposition « La France en relief » au Grand Palais.

En 1668, Louvois, Ministre de la Guerre de Louis XIV, passe commande du plan-relief de Dunkerque. C’est le premier d’une collection qui atteindra 260 pièces, représentant 150 sites fortifiés, dont il ne subsiste aujourd’hui qu'une centaine. Classée monument historique depuis 1927, elle témoigne de deux siècles (le dernier date de 1873) d’histoire des villes et des sites stratégiques.

Ces plans-reliefs répondaient d’abord a un besoin militaire : représenter en trois dimensions les places fortifiées et leur environnement afin de mieux analyser et percevoir leurs faiblesses éventuelles en cas de siège, ce que ne permettait pas la cartographie. Maquettes au 1/600e, leur réalisation nécessitait des années de travail, à commencer par des mois de relevés in situ par des ingénieurs militaires et des topographes, avant la fabrication, par des menuisiers et des artistes, en bois, carton mâché, sable, soie et peinture.

Les maquettes furent dans un premier temps confidentielles. Mais, véritables œuvres d’art, Louis XIV décida de les exposer à partir de 1700 dans la galerie du bord de l’eau au Louvre. La collection fut ensuite transférée dans les combles des Invalides en 1776 sur ordre de Louis XVI. Je l’avais vue il y a très (très) longtemps aux Invalides, mais c’est vrai que le lieu (les combles) rendait difficile sa mise en valeur. 
Grenoble

Depuis le 18 Janvier et jusqu’au 17 Février 2012, la nef du Grand Palais accueille seize plans-reliefs parmi les plus spectaculaires, dont certains n’ont jamais été montrés au public. Bien que le Grand Palais soit proche des Invalides. Il a fallu plus de 3 mois, 345 caisses, 35 semi-remorques pour préparer, transporter et installer l’exposition.

Mais l’effort vaut le déplacement, et le public, qui vient en nombre, ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Cette exposition, la première organisée par la Maison de l’Histoire de France, établissement public nouvellement créé le 1er Janvier 2012, est indubitablement un succès si j’en crois la queue pour entrer mercredi après-midi et qui m’a incité à remettre ma visite à jeudi matin.

Si je me suis attaché aux plans-reliefs de villes que je connaissais particulièrement (Briançon, Grenoble, Mont-Dauphin), d’autres ont attiré mon attention en raison de leur taille (Strasbourg et surtout Cherbourg : 160 m2), ou encore Neuf-Brisach, archétype de la ville fortifiée « comme dans le manuel ». A noter également l’immense carte de France de l’IGN qui occupe 650 m2 au centre de la nef du Grand Palais.
Neuf-Brisach

On l’aura compris ; je recommande chaudement la visite de cette exposition surtout que son prix d’entrée de 5 € à tarif plein la met à portée de toutes les bourses.

mardi 24 janvier 2012

24 Janvier 1949 : début du procès Kravtchenko


Pendant la seconde guerre mondiale, Victor Andreïevitch Kravtchenko (Виктор Андреевич Кравченко) est commissaire politique, avec grade de capitaine, dans l’Armée rouge puis est envoyé à Washington comme fonctionnaire à la Chambre de commerce soviétiqu, pour s’occuper des livraisons d’équipements américains à l’Armée rouge.  
Victor Kravtchenko

En 1944, il fait défection, obtient l’asile politique aux Etats-Unis et vit sous un pseudonyme afin d’échapper aux tueurs du SMERSH (Смерть шпионам ! = Mort aux espions !). En 1946, les Etats-Unis et l’U.R.S.S. n’étant plus alliés mais rivaux dans la guerre froide, Kravtchenko publie « I choose freedom », livre dans lequel il fait des révélations sur la collectivisation de l’agriculture, la famine programmée de 1932-33 en Ukraine (dont il a été témoin), les camps de prisonniers et les autres faits de l’envers du décor du « paradis des travailleurs ». 
   
En 1947, le livre est publié en France sous le titre de « J’ai choisi la liberté – La vie publique et privée d’un haut-fonctionnaire soviétique ». Cette publication donne lieu à de nombreuses attaques des milieux communistes et l’hebdomadaire « Les Lettres françaises », proche du Parti communiste, accuse Kravtchenko de désinformation et d’être un agent des Etats-Unis.  


Kravtchenko porte alors plainte pour diffamation contre l’hebdomadaire et le procès débute le 24 Janvier 1949 devant le tribunal correctionnel de la Seine. Les défenseurs de Kravtchenko amenèrent à la barre des survivants des camps soviétiques, dont Margarete Buber-Neumann, communiste allemande ayant fui à Moscou lors de l’arrivée des nazis au pouvoir, mais arrêtée par le NKVD, déportée en camp de travail au Kazakhstan, puis livrée par les soviétiques aux nazis (en conformité avec le Pacte Molotov-Ribbentrop) qui l’internèrent à Ravensbrück. Son témoignage au procès Kravtchenko, où elle établit un parallèle entre les camps soviétiques et les camps nazis, représenta un temps fort du procès, car c’était la première fois qu’un témoin incontestable dévoilait l’existence des camps de déportés politiques en U.R.S.S.. Son expérience aida les anticommunistes à plaider l’étroite similarité entre le régime soviétique et le régime nazi.


Soutenus par des intellectuels connus, drapés dans leurs habits d’anciens résistants, les communistes français furent toutefois condamnés en Avril 1949, mais Kravtchenko ne reçut qu’une somme symbolique pour la diffamation, les tribunaux refusant de se prononcer sur la réalité du Goulag. Les accusés, eux, continuèrent à nier l’évidence, ne croyant pas les témoins qui n’étaient à leurs yeux que des koulaks et des ennemis du peuple (sic). Quant à l’opinion publique, il fallut attendre 1974 et la publication de « L’archipel du Goulag » de Soljenitsyne pour qu’elle commence enfin à prendre conscience de la réalité du système soviétique.

Victor Kravtchenko meurt le 25 Février 1966 d’une balle dans la tête dans son appartement de Manhattan. Cette mort est à l’époque considérée comme un suicide. Son fils Andrew est persuadé qu’il a été assassiné par le KGB.

Pendant longtemps, on était un anticommuniste primaire, un réactionnaire, un agent de la bourgeoisie, un suppôt de l’impérialisme, etc.…… si l’on évoquait les procès de Moscou, les millions de déportés dans les goulags, la révolte des ouvriers berlinois de 1953, les milliers de victimes de Budapest en 1956, le sacrifice de Jan Palach ou de Romas Kalanta, sans parler du massacre de Katyń attribué aux Allemands. Mais ces temps ont-ils vraiment changé quand on voit par exemple la négation par la Russie d’aujourd’hui de l’occupation soviétique des Etats Baltes ?


lundi 23 janvier 2012

23 Janvier 1783: naissance de Stendhal


Le 23 Janvier 1783 naît à Grenoble Marie-Henri Beyle, qui sera connu plus tard sous le nom de plume de Stendhal. Il n’est pas question ici de retracer toute la carrière de ce grand écrivain mais d’évoquer les années où il a été militaire (1800 – 1814) et notamment la campagne de Russie qu’il va majoritairement passer en Lituanie.

Parti à Paris en Octobre 1799 pour passer le concours de l’Ecole Polytechnique, il renonce à se présenter et tombe même malade. Recueilli par un cousin de son grand-père Henri Gagnon, Noël Daru, le fils de celui-ci, Pierre Daru (le futur Commissaire général de la Grande Armée) lui trouve un emploi au Ministère de la Guerre où il est secrétaire général.

Le jeune Henri Beyle (il a alors 17 ans) participe ainsi à la campagne d’Italie, participe à la bataille de Marengo et est nommé Sous-lieutenant au 6e Régiment de Dragons. Il est surtout ébloui par Milan, ce qui aura une grande influence sur sa destiné future. Il démissionne en 1802 pour une femme, mais reprend du service en 1806. Il assiste à la bataille d’Iéna comme élève commissaire des guerres, puis à l’entrée de Napoléon à Berlin (27 Octobre 1806). Il est nommé le 11 Juillet 1807 Commissaire de Guerre adjoint à Brunswick. Il participe aussi à la campagne d’Allemagne et d’Autriche (1809), avant d’être nommé auditeur au Conseil d’Etat et d’obtenir le poste d’inspecteur du mobilier de la couronne, toujours grâce à Daru. 

En 1812, Henri Beyle / Stendhal quitte Paris le 23 Juillet, porteur de courriers pour l’Empereur. Il atteint Marijampolė début Août, passe à Kaunas et à Vilnius, et rejoint l’Etat-major impérial le 12 Août du côté de la Bérézina (Bojarinkov).



Il est alors affecté à Smolensk afin d’assurer l’approvisionnement des régions de Smolensk, Moguilev et Vitebsk. Il se trouve à Moscou le 15 Octobre, 4 jours avant son évacuation. Anticipant la retraite, Stendhal quitte Smolensk le 11 Novembre et atteint Vilnius dans la soirée du 6 Décembre, d’où il repart dès le 7 ou le 8, en direction de Kaunas et Königsberg.

A Vilnius, il aura rendu vraisemblablement visite au divers commandement français, et notamment à celui de la trésorerie, installé dans ce qui est maintenant l’Institut français de Lituanie, connu par les Lituaniens comme Maison Franck et par les Français comme Maison Stendhal (cf. photo ci-dessous). Mais il loge apparemment dans une auberge tenue par un Italien du nom d’Oliverio, qui est a priori un espion à la solde des Français. Il aura le temps d’écrire à sa sœur pour lui dire qu’il est en bonne sante mais qu’il a tout perdu. Il restera à Königsberg (Kaliningrad) du 14 au 30 Décembre, qu’il quittera alors en traîneau pour Danzig (Gdansk). 
  
La chute de Napoléon en 1814 mettra fin à la carrière militaire d’Henri Beyle. Il se consacrera alors à l’écriture.

dimanche 22 janvier 2012

22 Janvier 1898 : naissance de Sergueï Eisenstein


Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein est un des plus grands réalisateurs russes de la période soviétique. Russe ? Pas si simple…… Car son père, Mikhaïl Ossipovitch Eisenstein, né dans une famille de commerçants de Saint-Pétersbourg, était issu du côté paternel d’une famille juive venue d’Allemagne et côté maternel d’une lignée de Suédois russifiés. Sergueï lui-même est né à Riga le 22 Janvier 1898 *, dans ce qui était alors le Gouvernement de Livonie (Лифляндская губерния), division territoriale de l’Empire russe.

* NB : suivant les sites internet, la date de naissance indiquée varie entre le 22 et le 23 Janvier. En fait, Serguei Eisenstein est né le 10 Janvier 1898 suivant le calendrier julien. Or, au XIXe siècle, le calendrier julien n’avait que 12 jours de retard sur le calendrier grégorien. Ce retard n’est passe a 13 jours qu’au XXe (et XXIe) siècle. Il est donc bien ne un 22 Janvier suivant le calendrier grégorien. C’est d’ailleurs la date retenue par le site de la culture lettone, letonika.lv.

Au cas où vous l’auriez oublié, le père, Mikhaïl Eisenstein, ingénieur en génie civil et architecte, a été le concepteur d’une bonne partie des immeubles Art nouveau de Riga.
Mikhaïl Eisenstein , son epouseYoulia et le petit Serguei 

En 1915, Sergueï Eisenstein entre à l’Institut des ingénieurs civils de Petrograd (nom qui a remplacé en 1914 celui jugé trop germanique de Sankt Peterburg / Санкт-Петербург, avant de devenir Leningrad en 1924). En 1917, il abandonne ses études et s’engage dans l’armée rouge.

C’est à sa démobilisation, en 1920, qu’il devient metteur en scène et décorateur de théâtre. Il fait ses débuts dans le cinéma en 1923 avec court métrage satirique, Le Journal de Gloumov. Or Staline, qui est secrétaire général du Comité central du Parti communiste depuis le 3 Avril 1922, voit tout le pouvoir que peuvent avoir les films en tant qu’outils de propagande et Eisenstein, lui, est loyal envers les idéaux communistes, se concentrant sur les questions sociales, notamment les conflits de classes. Dès 1924, il réalisera d’ailleurs La Grève
   
En 1925, Eisenstein réalise Le Cuirassé Potemkine, film de commande traitant de la révolte du cuirassé, le 27 Juin 1905 à Odessa, et de l’insurrection et de la répression en ville qui s’ensuivirent.


Voyageant en Europe (notamment en France), aux Etats-Unis et au Mexique, officiellement pour découvrir les techniques du cinéma sonore, il devient suspect aux yeux de Staline qui l’oblige a rentrer en U.R.S.S.. On lui adjoint un « superviseur officiel » pour le tournage d’Alexandre Nevski en 1938. Conçu à l’origine comme un film de propagande dirigé contre l’expansionnisme nazi, l’ironie voudra qu’il sera retiré rapidement de l’affiche pour cause de Pacte Molotov – Ribbentrop……


Son dernier film, Ivan le Terrible, en trois parties, restera inachevé car Sergueï Eisenstein meurt d’une hémorragie le 10 ou le 11 Février 1948. En tout état de cause, la deuxième partie avait été censurée car Ivan y était décrit comme un tyran paranoïaque. Certains auraient pu être tentés de faire un parallèle avec Staline ……  

Sergueï Eisenstein était également un dessinateur prolifique. On dit que, dans son enfance, il aimait beaucoup les deux sphinx que l’on voit devant l’immeuble nº 2a, construit par son père, de l’Alberta iela, et il les avait reproduits au crayon dans son enfance. On retrouve deux lions ailés très semblables dans Le Cuirassé Potemkine.   

   

vendredi 20 janvier 2012

20 Janvier 1991 : les soviétiques tuent toujours à Riga


Le 13 Janvier 1991, lorsque les dirigeants lettons, légalement élus, du Front populaire apprennent les exactions des OMON soviétiques à Vilnius (cf. http://gillesenlettonie.blogspot.com/2012/01/13-janvier-1991-larmee-sovietique-tue.html), ils appellent les habitants à venir en masse défendre les objectifs stratégiques de Rīga. A 14H, environ 700 000 personnes sont rassemblées sur la place de la cathédrale. A partir du 13 Janvier soir, des barricades sont construites autour du Parlement à Rīga, mais aussi à Liepāja et à Kuldīga.

A partir du 14 Janvier, les OMON menèrent plusieurs attaques dans Rīga. Leur première victime est Roberts Mūrnieks, le 16 Janvier à 16H45, sur le pont de Vecmilgrāvis.  Ses obsèques le 19 Janvier donnèrent lieu à des manifestations.
Barricade Jekaba iela

Le 20 Janvier, 100 000 personnes défilèrent à Moscou pour montrer leur soutien aux Etats baltes. Mais le soir, à Riga, des OMON et des combattants non identifiés (peut-être de l’Alfa Group qui s’était déjà « illustré » à Vilnius) attaquèrent le Ministère letton de l’intérieur. Deux policiers, le Lieutenant Vladimirs Gomonovičs et l’inspecteur Sergejs Konoņenko, un étudiant, Edijs Riekstiņš, et deux cameramen, Andris Slapiņš et Gvido Zvaigzne, furent tués. Est-il utile de préciser qu’aucune des victimes n’était armée ?! Les endroits où ils sont tombés, dans le parc de la bastille, sont marqués par des pierres comparables à celle ci-dessous. Plusieurs autres furent blessés, dont des journalistes.

On rappellera que les OMON, alors acronyme de Отряд милиции особого назначения (Détachement de la Militsia à vocation particulière, dépendant du Ministère de l’intérieur) avaient été mis sur pied en 1979 pour prévenir tout acte de terrorisme ou de « hooliganisme » à l’occasion des J.O. de Moscou de 1980. C’est le Ministre de la Défense (de 1987 à Août 1991), le Maréchal Dmitry Yazov, qui, suivant les ordres de Mikhail Gorbachev, avait envoyé le 7 Janvier plusieurs unités d’OMON dans les républiques sécessionnistes afin de rétablir l’ordre soviétique.
Le Marechal Dmitry Yazov en 2009

Les OMON existent toujours et comptent 25 200 combattants organisés en 208 divisions. L’Alfa Group existe toujours lui aussi et s’est notamment « distingué » lors de la prise d’otages de l’école de Beslan. Le Maréchal Yazov est toujours honoré par la Russie poutinienne (cf. ci-dessus). Et la Russie a récemment refusé que Mikhail Gorbachev vienne témoigner au procès des tueurs supposés de la tour de télévision de Vilnius.

Comment voulez-vous donc que, 20 ans après, les Républiques baltes ne continuent pas de regarder leur voisin russe avec quelque suspicion ?……

Ci-dessous, une vidéo de photos du 20 Janvier 1991, sur une musique fantastique, « Saule, Pērkons, Daugava », que ceux qui me suivent sur Facebook connaissent bien.



jeudi 19 janvier 2012

La Société de Géographie


Demain vendredi 20 Janvier 2012, je fais une conférence privée sur la Lituanie (“La Lituanie: le poids de l’histoire dans une nature protégée”), dans le cadre de l’Assemblée Générale de la Société de Géographie de Tours. Une occasion de dire ce qu’est la Société de Géographie.
 
La Société de Géographie est une des sociétés savantes de France car fondée le 15 Décembre  1821. Parmi ses membres fondateurs on peut relever les noms de Laplace (mathématicien, astronome et physicien, il en fut le 1er Président), Cuvier, Denon, Gay Lussac, Champollion, Chateaubriand, Dumont Durville, etc.……Elle eut en outre ultérieurement comme sociétaires de hautes personnalités telles Elisée Reclus, Jules Vernes, Anatole France, Jean Charcot, le Prince Albert 1er de Monaco, les Maréchaux Gallieni et Lyautey, etc.…… C’est la plus ancienne Société de Géographie au monde.

Pierre-Simon, marquis de Laplace

(NB : une société savante regroupe des experts qui, par leurs travaux et leur réflexion, font avancer la connaissance dans leur domaine d’activité)

En 1878, elle se fait construire un immeuble au 184 boulevard St-Germain à Paris. Il a depuis accueilli de nombreuses rencontres historiques, dont le Congrès qui a décidé de la construction du canal de Panama (1879) et la création de l’Alliance française (1884).
L'entree de la Societe de Geographie

La Société de Géographie a de multiples activités, organisant des conférences mensuelles, des colloques et des expositions, publiant une revue, « La GéoGraphie », qui en est à son 1 500e numéro, attribuant des prix, accueillant des géographes étrangers et organisant des voyages. Elle possède un patrimoine considérable d’ouvrages, revues, cartes, atlas, globes, etc.…… Ce patrimoine est gere par la Bibliothèque Nationale depuis 1942. Enfin, elle patronne encore des expéditions.
  
La Société de Géographie est présente dans les provinces françaises. Celle de Lyon a été créée la première en 1873. Celle de Tours, où je me rends demain, date de 1884.

Pour en savoir plus : http://www.socgeo.org/index.html


mercredi 18 janvier 2012

Transports en commun à Rīga : statistiques 2011


En 2011, les transports en commun de Rīga (Rigas Satiksme) ont transporte plus de 140 millions de passagers (140 447 176). Ils se sont répartis entre :
      # 62 174 292 sur les bus
      # 46 221 833 sur les trolleybus
      # 32 051 051 sur les tramways

Ce volume de passagers est en augmentation de 5 % par rapport à 2010.

La vitesse moyenne a été de 21,3 km/h pour les bus, 15,67 km/h pour les trolleybus et 16,49 km/h pour les trams.

Il y a en tout 53 lignes de bus comportant 1 262 arrêts, 19 lignes de trolleybus pour 365 arrêts et 9 lignes de tram pour 243 arrêts.

Au total, les bus ont parcouru plus de 26,7 millions de kilomètres, les trolleybus plus de 12,6 millions de km, et les trams 9,8 millions de km.



Ce post ne vous sert à rien ? Sans doute…… Mais, à cette aune, rien ne sert à quoi que ce soit ! Et qui sait s’il n’y a pas quelqu’un qui fait quelque part une thèse sur – par exemple – « L’influence des vibrations du passage du tramway nº 6 sur les immeubles art nouveau de Krišjaņa Barona iela entre le 4 Mai 1990 et le 1er Mai 2004 » !

De plus, c’est une occasion de montrer quelques ORNI (objets roulants non identifiés) du réseau de tramways de Rīga.  











lundi 16 janvier 2012

16 Janvier 1547: Ivan IV est sacré premier “Tsar de toutes les Russies”


Nous avons vu dans le post d’hier (http://gillesenlettonie.blogspot.com/2012/01/15-janvier-1582-paix-de-jam-zapolski.html) le rôle du Tsar Ivan IV dans le déclenchement, en 1558, de la Guerre de Livonie. Le but n’est pas de revenir sur le règne de ce « personnage ambigu, intelligent et cruel, a l’équilibre psychologique ébranlé », surnommé en Français Le Terrible en raison de sa cruauté. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est qu’il ait été le premier « Tsar de toutes les Russies ».  

Qu’y avait-il donc avant ?

On passera sur la Rus’ de Kiev ou Ruthénie, qui, du milieu de IXe siècle au milieu du XIIIe siècle est la plus ancienne entité politique commune aux Slaves orientaux (Biélorusses, Russes et Ukrainiens), dirigée par une dynastie d’origine scandinave, les Riourikides.  

Mais, à la mort de Iaroslav le Sage / Ярослав Мудрый (1054), la Rus’ fut partagée entre ses fils et se désagrégea en une multitude de principautés dont le passe-temps favori était de se faire la guerre. Au nord, dès le XIIe siècle, on avait noté l’essor des Principautés de Novgorod et de Vladimir-Souzdal. La Principauté de Moscou, elle, ne voit le jour qu’en 1276, après que l’invasion tataro-mongole de la plupart des Principautés ait déjà eu lieu a partir de 1226, mais surtout de 1237. Désunis, les territoires des princes de la Rus’, à l’exception de Novgorod et, dans une certaine mesure de Pskov, passèrent sous l’influence tatare pour deux siècles et demi.

Moscou n’était à l’époque qu’un avant-poste commercial de la Principauté de Vladimir-Souzdal, ce qui ne l’empêcha pas d’être détruite par les Tatars en 1237. Son expansion commença au début du XIVe siècle et sa suprématie s’affirma sous le règne d’Ivan 1er Kalita (1325 – 1341 – Kalita =escarcelle, car il collectait les impôts pour les Mongols), notamment contre la Principauté de Tver. Ivan, Prince de Moscou en 1325, est investi en 1328 par la Horde d’or comme « Grand-prince de Moscou, de Vladimir et de toute la Russie ». En outre, en 1327, le métropolite de l’Eglise orthodoxe transféra sa capitale de Vladimir à Moscou, ce qui augmenta le prestige de cette dernière.   
Ivan Kalita
      
Les successeurs d’Ivan 1er continuèrent à rassembler les terres russes ce qui eut pour conséquence de les faire entrer en conflit avec les Grands-ducs de Lituanie, notamment avec Algirdas. Mais c’est surtout le règne d’Ivan III, dit Le Grand, qui est important (règne de 1462 à 1505). Il épouse en 1472 Sophie Paléologue, nièce du dernier Empereur byzantin, Constantin XI, annexe Novgorod en 1478, met fin à la dépendance de la Horde d’or en 1480, bat les Lituaniens et peut ainsi étendre sa Principauté vers l’ouest. 
Ivan III Le Grand

C’est son petit-fils, Ivan IV (Иван IV Васильевич – 1530 – 1584), Grand-prince de Vladimir et Moscou de 1533 (à 3 ans !) qui va être couronné Tsar de toutes les Russies le 16 Janvier 1547 (à 16 ans), dans la cathédrale de l’Assomption à Moscou. Le terme Tsar (en Russe царь) proviendrait du latin Cæsar, en Français César. Ce titre est directement lié au rôle que la Moscovie considérait avoir héritée de l’Empire byzantin, donc de l’Empire romain. « Toute les Russies » fait référence aux différentes parties de la Russie, à savoir la Grande Russie (Russie d’Europe actuelle proprement dite), la Petite Russie (Ukraine) et la Russie Blanche (Bélarus/ Biélorussie).  
Ivan IV Le Terrible

En 1721, Pierre 1er dit Le Grand, décidera de troquer le titre de Tsar contre celui d’Imperator (Empereur), plus occidental, mais « Tsar » restera de facto le terme le plus usité.    
Pierre 1er Le Grand


dimanche 15 janvier 2012

15 Janvier 1582 : Paix de Jam Zapolski

Aujourd’hui, je vous emmène vers des rivages vers lesquels les historiens ne s’aventurent guère, au risqué de finir comme le Costa Concordia : la Guerre de Livonie (1558 – 1582), qui fut conclue par la Paix de Jam Zapolski du 15 Janvier 1582. Traité de paix relativement inconnu qui aura pourtant plus de conséquences que vous l’imaginez.
La Livonie en 1534

Tout d’abord, qu’est-ce que la Livonie au début du XVIe siècle ? C’est une confédération formée des Etats de la branche livonienne des Chevaliers Teutoniques, des évêchés de Dorpat (aujourd’hui Tartu), d’Ősel-Wiek (partie de ce qui est aujourd’hui l’île de Saaremaa et le comté de Lääne) et de Courlande, de l’archevêché de Riga et de la ville de Riga. Depuis 1419, elle dispose d’une diète (le Landtag), dont le siège est à Walk (aujourd’hui Valga / Valka), afin de régler les disputes. Mais la Livonie dispose d’un gouvernement faible et divisé, sans soutien extérieur, et est entourée d’Etats aux visées expansionnistes.
Le Tsar Ivan le Terrible

Prenant prétexte d’un rapprochement entre la Confédération Livonienne et la Pologne-Lituanie, qui constitue pour lui un casus belli, le Tsar Ivan IV, dit le Terrible (1530 – 1584), envahit la Livonie en Janvier 1558.  Le Maître des Chevaliers Livoniens, Gotthardt Kettler (1517 – 1587), défait à la bataille d’Ergeme, chercha la protection du Roi de Pologne-Lituanie, Sigismond II Auguste (Zygimantas Augustas), qui gouverne la Pologne et la Lituanie à partir de Vilnius. Par le second Traité de Vilnius du 28 Novembre 1561, le territoire de la Confédération Livonienne qui n’est pas occupé reconnaît la suzeraineté du Roi de Pologne / Grand-duc de Lituanie. Gotthard Kettler sécularise ses moines-soldats, se convertit au Luthéranisme et devient duc héréditaire de Courlande et Sémigalle, vassal du Grand-duché de Lituanie.
Gotthardt Kettler, Duc de Courlande

S’ensuit la Guerre nordique de Sept Ans (1562 – 1570) qui verra s’affronter la Russie et la Pologne-Lituanie, puis la Russie et la Suède.  Devant la menace russe, la Pologne et la Lituanie s’unirent en une Union de Lublin (1er Juillet 1569). Après une période de domination russe sur la Livonie (1570 – 1577), le Roi de Suède Jean III et le nouveau Roi de Pologne-Lituanie Étienne Báthory (en Lituanien Steponas Batoras, 1533 - 1586) s’allièrent contre Ivan IV en Décembre 1577, et les Polono-lituaniens allèrent jusqu'à assiéger Pskov en 1581. Simultanément, les Suédois prirent la ville stratégique de Narva, puis son pendant d’Ivangorod. Narva est encore aujourd’hui le symbole de la vigie européenne face a l’Orient.

Étienne Báthory, Roi de Pologne, Grand-duc de Lituanie

Le Tsar Ivan IV fut obligé de demander, par le truchement du Légat du Pape, le Jésuite Antonio Possevino, la trêve de Jam Zapolski, qui déboucha sur le Traité de paix éponyme avec la Pologne-Lituanie, traité qui fut pour lui une humiliation (15 Janvier 1582). Parallèlement, la Suède signait avec la Russie la trêve puis le Traité de Plussa (région de Pskov - 10 Août 1583).

En conséquence  de la Guerre de Livonie, la Courlande connut une période de stabilité et de prospérité, et la Livonie vit ses privilèges réduits et subit une tentative de polonisation / catholicisation. L’alliance entre la Suède et la Pologne-Lituanie fut toutefois de courte durée et la guerre entre les deux Etats devint récurrente, l’un ou l’autre prenant alternativement le dessus. Par le Traité d’Altmark (25 Septembre 1629), la Pologne reconnaîtra la domination de la Suède sur la Livonie, domination qui perdurera jusqu’au Traité de Nystad (10 septembre 1721) où elle sera cédée à la Russie. La Latgale, elle, restera polonaise jusqu’en 1772.  
La lutte pour le Dominium Maris Baltici a toujours été une constante dans la région, les grandes puissances se servant de ce qui est aujourd’hui le territoire des Etats baltes comme champ de bataille. Il n’est pas certain que cette lutte, même si elle a pris aujourd’hui une autre forme, soit terminée.                

vendredi 13 janvier 2012

13 Janvier 1991 : l’armée soviétique tue encore à Vilnius


Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le 13 Janvier 1991 ? A moins d’un événement personnel exceptionnel, vraisemblablement pas. Tout au plus certains se souviendront qu’on était en plein psychodrame international à propos de l’Irak et que l’opération « Tempête du désert » allait se déclencher 3 jours plus tard.

Les Lituaniens, eux, se souviennent certainement : un quart de la population était à Vilnius pour défendre leur liberté et leur indépendance retrouvée le 11 Mars 1990, contre les chars soviétiques. 14 d’entre eux, civils sans arme, y ont laissé la vie, tués par les OMON près de la tour de télévision, des centaines d’autres ont été blessés. On ne me fera pas croire que, dans un système aussi verrouillé, aussi hiérarchisé que l’Union soviétique, le « bon » M. Gorbatchev, Président désigné de l’URSS, chouchou des Occidentaux, n’était pas au courant. D’autant que, du 17 au 20 Janvier, les mêmes exactions se répétèrent à Riga (Lettonie). Le choix même de la date de l’attaque, alors que le monde entier avait les yeux tournés vers l’Irak, ne pouvait pas être un hasard.

Et pourtant, les Lituaniens ont gagné face au totalitarisme. Les soviétiques n’ont pas osé donner l’assaut au Parlement, protégé par des milliers de Lituaniens qui faisaient de leur corps un rempart. Dès le 13 Janvier, Boris Eltsine, Président élu de Russie, condamna l’attaque et reconnut la souveraineté des Etats baltes. A Moscou, 100 000 personnes descendirent dans la rue pour condamner la répression dans les Républiques baltes. On peut dire que, quelque tragique qu’il fut pour les Baltes, ce 13 Janvier 1991 marqua le début de la fin de l’URSS, et on ne peut que s’en réjouir. Finalement le 9 Février, les Lituaniens, toujours occupés par les soviétiques, votèrent à 90,4 % pour leur indépendance. Mais les soviétiques continueront à tuer, jusqu’au 31 Juillet 1991 où 7 douaniers et gardes-frontières sans armes seront assassinés à Medininkai.


Aujourd’hui, la Fédération de Russie refuse toujours de reconnaître qu’il y ait eu occupation des Etats baltes. Aujourd’hui, la Fédération de Russie refuse également que Gorbatchev aille témoigner au procès des assassins de Janvier 1991. Aujourd’hui, certains (cf. Jirinovski) réclament même le retour des Etats baltes dans le giron de la Russie.

On me dira que c’est le passé. Est-on sûr que ce passé ne se reproduira jamais ? Au Royaume des Bisounours, sans doute ! Et de quel droit laisserait-on des criminels soviétiques en liberté alors que l’on continue à juger des criminels nazis octogénaires ? « Selon que vous soyez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » (Jean de La Fontaine)