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mardi 24 janvier 2012

24 Janvier 1949 : début du procès Kravtchenko


Pendant la seconde guerre mondiale, Victor Andreïevitch Kravtchenko (Виктор Андреевич Кравченко) est commissaire politique, avec grade de capitaine, dans l’Armée rouge puis est envoyé à Washington comme fonctionnaire à la Chambre de commerce soviétiqu, pour s’occuper des livraisons d’équipements américains à l’Armée rouge.  
Victor Kravtchenko

En 1944, il fait défection, obtient l’asile politique aux Etats-Unis et vit sous un pseudonyme afin d’échapper aux tueurs du SMERSH (Смерть шпионам ! = Mort aux espions !). En 1946, les Etats-Unis et l’U.R.S.S. n’étant plus alliés mais rivaux dans la guerre froide, Kravtchenko publie « I choose freedom », livre dans lequel il fait des révélations sur la collectivisation de l’agriculture, la famine programmée de 1932-33 en Ukraine (dont il a été témoin), les camps de prisonniers et les autres faits de l’envers du décor du « paradis des travailleurs ». 
   
En 1947, le livre est publié en France sous le titre de « J’ai choisi la liberté – La vie publique et privée d’un haut-fonctionnaire soviétique ». Cette publication donne lieu à de nombreuses attaques des milieux communistes et l’hebdomadaire « Les Lettres françaises », proche du Parti communiste, accuse Kravtchenko de désinformation et d’être un agent des Etats-Unis.  


Kravtchenko porte alors plainte pour diffamation contre l’hebdomadaire et le procès débute le 24 Janvier 1949 devant le tribunal correctionnel de la Seine. Les défenseurs de Kravtchenko amenèrent à la barre des survivants des camps soviétiques, dont Margarete Buber-Neumann, communiste allemande ayant fui à Moscou lors de l’arrivée des nazis au pouvoir, mais arrêtée par le NKVD, déportée en camp de travail au Kazakhstan, puis livrée par les soviétiques aux nazis (en conformité avec le Pacte Molotov-Ribbentrop) qui l’internèrent à Ravensbrück. Son témoignage au procès Kravtchenko, où elle établit un parallèle entre les camps soviétiques et les camps nazis, représenta un temps fort du procès, car c’était la première fois qu’un témoin incontestable dévoilait l’existence des camps de déportés politiques en U.R.S.S.. Son expérience aida les anticommunistes à plaider l’étroite similarité entre le régime soviétique et le régime nazi.


Soutenus par des intellectuels connus, drapés dans leurs habits d’anciens résistants, les communistes français furent toutefois condamnés en Avril 1949, mais Kravtchenko ne reçut qu’une somme symbolique pour la diffamation, les tribunaux refusant de se prononcer sur la réalité du Goulag. Les accusés, eux, continuèrent à nier l’évidence, ne croyant pas les témoins qui n’étaient à leurs yeux que des koulaks et des ennemis du peuple (sic). Quant à l’opinion publique, il fallut attendre 1974 et la publication de « L’archipel du Goulag » de Soljenitsyne pour qu’elle commence enfin à prendre conscience de la réalité du système soviétique.

Victor Kravtchenko meurt le 25 Février 1966 d’une balle dans la tête dans son appartement de Manhattan. Cette mort est à l’époque considérée comme un suicide. Son fils Andrew est persuadé qu’il a été assassiné par le KGB.

Pendant longtemps, on était un anticommuniste primaire, un réactionnaire, un agent de la bourgeoisie, un suppôt de l’impérialisme, etc.…… si l’on évoquait les procès de Moscou, les millions de déportés dans les goulags, la révolte des ouvriers berlinois de 1953, les milliers de victimes de Budapest en 1956, le sacrifice de Jan Palach ou de Romas Kalanta, sans parler du massacre de Katyń attribué aux Allemands. Mais ces temps ont-ils vraiment changé quand on voit par exemple la négation par la Russie d’aujourd’hui de l’occupation soviétique des Etats Baltes ?


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